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22/05/2008

UNE ÉTOILE TIRE DE L'ARC

Toutes les brebis de la lune
Tourbillonnent vers ma prairie
Et tous les poissons de la lune
Plongent loin dans ma rêverie.

Toutes ses barques, ses rameurs
Entourent ma table et ma lampe
Haussant vers moi des fruits qui trempent
Dans le vertige et la douceur.

Jusqu'aux astres indéfinis
Qu'il fait humain, ô destinée !
L'univers même s'établit
Sur des colonnes étonnées.

Oiseau des Iles outreciel
Avec tes nuageuses plumes
Qui sais dans ton coeur archipel
Si nous serons et si nous fûmes,

Toi qui mouillas un jour tes pieds
Où le bleu des nuits a sa source,
Et prends le soleil dans ton bec,
Quand tu le trouves sur ta course,

La terre lourde se souvient,
Oiseau, d'un monde aérien,

Où la fatigue est si légère
Que l'abeille et le rossignol
Ne se reposent qu'en plein vol
Et sur des fleurs imaginaires.

Une étoile tire de l'arc
Perçant l'infini de ses flèches
Puis soulève son étendard
Qu'une éternelle flamme lèche,

Un chêne croyant à l'été
Quand il n'est que l'âme d'un chêne
Offre son écorce ancienne
Au vent nu de l'éternité.

...

Une étoile tire de l'arc... Une étoile tire de l'arc... Une étoile tire de l'arc


Jules Supervielle, Gravitations, NRF Poésie/Gallimard, 1994, p. 98-99

20:59 Publié dans La poésie des autres

PALPITATIONS

Ce qui couve
Au centre
Est comme
Une seconde naissance
Qui émet
À l'intérieur
Ses premiers signes de vie
Cela s'agite
Donne parfois
De petits coups de talon
Cela gargouille
Et quand la voix
S'élève
Cela vibre et résonne
Comme un enfant
Qui palpiterait au-dedans.


La mer, peut-être, Encres vives, Collection Encres Blanches n° 268, 2006

16:23 Publié dans La poésie des autres

CÔTÉ JARDIN

Romain Fustier tient la chronique saisonnière d'un jardin, celui que l'on cultive, mais aussi celui que l'on porte en soi. L'absence de majuscules et de ponctuation, la régularité des vers transcrivent une succession d'impressions croquées sur le vif. Le jardin est le lieu où l'on est en prise directe avec les éléments ; les saisons s'y succèdent, l'été s'en va dans la brouette d'hortensias aux / fleurs fanées qu'on débarrasse ainsi sécateur / sorti un dimanche de rentrée. Novembre amène la pluie et la boue, son poids de mémoire historique, façons d'arbres ce ne sont plus rien que des / que j'observe sur l'almanach vivant du jardin / dans la lésine des feuilles tombées de l'hiver. La vie du jardin se répercute sur la vie intérieure. En été, on y savoure la douceur du soir : la lune se penche sur le noisetier il fait / un temps à boire un thé sur la terrasse une / nuit d'août mais nous sommes en juillet et / ce sera un sirop de fruits rouges que nous / dans la douceur du soir finalement boirons. La culture est ici à prendre dans sa double acceptation : culture de la terre, des plantes, mais aussi lecture ou écriture, que faire s'il pleut dimanche délaissant le jardin / nous retrouverons nos papiers sur la table en / bois dévoré par des vers qui font de petits trous / dans le réel en s'alignant dans des carnets des / blocs qualité vélin surfin quatre-vingt grammes. Rêverie, parfum de thé au jasmin et de la gelée de coing, arômes, plénitude de l'errance, c'est aussi cela que l'on trouve côté jardin.


Romain Fustier, Côté Jardin, Encres vives, Collection Encres Blanches n°258, 2006

Chronique parue dans Verso n° 130 (sept. 2007)


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12:20 Publié dans Chroniques