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26/08/2019

La Grande Papillon

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Tortue

 

 

La première chose que ma fureur

a pulvérisée, c’est

 

ma carapace

Tu as tout essayé

 

pour que je ressemble de nouveau

à une babiole :

 

porcelaine, ébène, ivoire

des tortues en rang sur une étagère

 

J’aurais peut-être dû laisser mûrir mes idées

mais pousser un cri

 

était forcément nécessaire

Et maintenant

 

mes écailles répandues tracent

un sentier magique

 

dont tu es champion par ta méfiance

toi qui m’enjoignais : Ne crie pas

 

 

Delfine Guy, La Grande Papillon. Al Manar, 2019

08:40 Publié dans La poésie des autres

17/07/2019

OURLETS II

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À gauche, les notes du père, à droite, les mots de la fille. Clara Regy est restée proche de son père, et est aussi restée attentive aux petits riens du quotidien de son paternel : menues courses (et listes de commissions), lierre descendu du mur des voisins, grattage de la terre, repiquage des salades, plantation des dahlias… Cette attention se ressent dans les notes menues que l’on imagine écrites par son père, et qu’elle a retranscrites :

semé laitue d’hiver Merveille

rhume Humex comprimé et gélules

plus de 25 mm de pluie

dans la nuit

Autant de petites notes, qui sont comme les notes d’un journal, esquissées au jour le jour : les menus événements, faits et activités de tous les jours d’un père plus très jeune et menant une vie simple. Les poèmes de la fille, à droite, parlent du père, de ce que la fille retient de celui-ci, de leur relation :

parfois ta bouche parle

tu ne racontes rien

je n’ose te le dire

parfois ta bouche parle

et me fait mal

aussi

quelques mots

perdus

Clara Regy dessine le portrait de son père, qui est resté attaché à la terre, à son jardin :

tu cramponnes le temps au creux des arrosoirs

sans doute un peu moins pleins

la pomme fait semblant

de pleurer davantage

au-dessus des patates

dans le creux de la terre

Elle parle de la toile du jean, de la blouse de travail bleu bugatti, des femmes qu’il regarde ou dont il se souvient avec gourmandise – nous avons tous les deux / passé l’âge / de rougir. Elle parle des légumes de son jardin, des œufs de poule ramassés, dont il est si fier. Un recueil presque à quatre mains, dans lequel père et fille partagent une touchante proximité.

 

Clara Regy, Ourlets II. Lanskine, 2019

17:24 Publié dans La poésie des autres

17/06/2019

Du soleil, sur la pente

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Et non seulement l’herbe

et tous les objets posés

sur son tapis

déroulé comme un rire

propagé par-dessus

            les murmures du jardin,

mais aussi et surtout

toi en robe tendre

et la ronde vive

des enfants,

et moi dans l’ombre

d’un silence

qui survole tout cela

flottant léger

sur la pente du soleil

et d’un seul désir :

 

             Nous en tenir

             au courant.

 

 

Morgan Riet, Du soleil, sur la pente. Éditions Voix Tissées, 2019

08:43 Publié dans La poésie des autres

22/05/2019

CORROSION

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Thiap

 

On a pris la route

comme si ce n’était pas la dernière fois.

L’air sentait bon,

la forêt serait toujours là

et les grands arbres.

On a marché

tout était parfait,

le claquement de l’eau

les papillons fous

tourmentés par le vent,

une couleuvre et les singes

qui attendaient qu’on s’éloigne

pour reprendre les conversations.

Puis le film s’est accéléré.

On a parlé, parlé à toute vitesse.

La vie était lovée dans la paume d’une main,

on l’observait.

 

 

 

On a pris la route

comme si je ne devais pas partir demain

et je suis partie.

Toujours on part,

à l’Ouest, carrément.

Je crois que quelque chose m’a suivie,

je l’entends

encore

par moment

qui me chuchote une autre histoire

et caresse mon cœur de cuir.

 

 

 

                                               Février 2017, forêt de Khao Yaï

                                                           (Khao Yaï, Thaïlande)

 

 

Mireille Disdero, Corrosion. La Boucherie littéraire, 2019

 

12:40 Publié dans La poésie des autres

22/10/2018

JOUR APRÈS NUIT

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L’ombre est nue le matin, sans hâte

j’avance vers les mots qui viennent

à ma rencontre : mes mains butent

sur leur peau, cherchent le sillon où

devenir une voix meilleure, plus limpide,

semblable au chant du verre, caressé.

Une bouche à qui confier l’écume

bouillonnante de vivre

 

au cœur des chardons,

là où l’immensité pique.

 

 

Viens, il nous reste des secrets

à se dire dans l’obscurité parfaite

et le feu des épices.

La mer est derrière la fenêtre, pleine

de voyages indécis.

Larmes intimes offertes

au sable. Mes mains se perdent

dans la brûlure ouverte

où trébuchent et sombrent

les oiseaux blessés,

 

les paroles décousues, fil à fil.

 

Martin Laquet, jour après nuit. La Passe du vent, 2017

 

08:55 Publié dans La poésie des autres

18/06/2018

TRAJECTOIRE DEROUTÉE

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Ma paume immense et lisse

caresse la nuit couvrant

moitié de la terre.

Elle protège la planète.

Je protège la nuit.

Contre quel criminel ?

Je n’ai plus de doigts

juste la paume géante

et dans son creux

la nuit immensément fragile :

elle va disparaître.

L’aube y aidera.

De mes pas attraper

l’absence parfaite :

le très haut des jours,

son air bleu royal.

 

Sanda Voïca, Trajectoire déroutée. Lanskine, 2018

08:39 Publié dans La poésie des autres

28/02/2018

TRAVERSER L'HIVER

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Ce matin

Matin de mousse verte dans l'entrejambe des arbres

J'apprends à épeler des couleurs

Dans la palette du ciel à reconnaître l'oiseau

Qui n'aimait pas son frère et j'apprends

À chanter sans le savoir des poèmes transparents

Comme l'air

Froissé sous des ailes

 

Je vois ce trou de lumière qu'enlacent des nuages

Médusés par leur propre puissance

D'air et d'eau

Je fixe les restes de la nuit dans mon bol de café

Je suinte l'amour par tous les pores

Je rédige à l'emporte-pièce

Des phrases qui cognent

Contre le jour

Qui me refuse sa bouche

 

Adeline Baldacchino, 13 poèmes composés le matin (pour traverser l'hiver). Rhubarbe, 2017

09:30 Publié dans La poésie des autres

24/01/2018

NOUS SALUONS LES ORAGES

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Nous saluons les orages

les renards boivent l'eau des bois

il fait souple dans ma cabane

approche ta main : elle brûle

tel feu de bois où craquent

des bûches un peu vertes

et j'aime ta respiration ample

près de mon corps assoupi

il est temps de vivre vite

les joues et les mains jointes

ah, j'aime ces instants fluides

qui ont en commun avec la mer

l'élément liquide et l'alternance

de violence et de douceur.

 

Emmanuelle Le Cam, Nous saluons les orages. Raphaël de Surtis, 2017

14:59 Publié dans La poésie des autres

04/12/2017

APPELS EN ABSENCE

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Saison après saison

les mêmes gestes pour le retour

la table mise les vitres claires

à peine une hésitation de la main

et la langue lèche l'usure des choses

la tête prise entre deux éclaircies

nous puisons à même la peau

l'imparfait du dialogue

la table mise les vitres claires

le rouge du sourire

l'attendu convoqué.

 

*

 

Les hirondelles ont tant de joie

à découdre le ciel

jardin terre débris de fleurs

des mots me viennent raniment

corps sans force les mains inutiles

le soleil découpe la terrasse

l'absence du chat me met à nu

tu es parti

ton sac de mer est toujours prêt

les cartes des rivages d'où tu appelleras

fil coeur à coeur déroulé dès le seuil.

 

 

Luce Guilbaud, Appels en absence. Les éditions du Petit Pois, 2017

 

11:34 Publié dans La poésie des autres

13/11/2017

BOIS DE PEU DE POIDS (hiver-printemps)

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ce lézard sur votre terrasse la traversant

dans le soleil du matin / il rachète

par son passage / son chauffé de paresse /

toute cette faune aux coups en douce

 

l'automne dernier / loirs qui ont dévoré

les poires dans les cagettes / les kiwis

 

à mûrir dans la serre ont dérobé

 

avant d'hiverner / poil gris sans bruit

& queue touffue furtivement dans la nuit

sans doute / as-tu pensé trop tard /

& souris & consorts qui opèrent

 

dans la cave durant les mois froids

que ces écailles balaient avec leur retour /

 

allez-vous-en rongeurs au printemps

 

Romain Fustier, Bois de peu de poids (hiver-printemps). Lanskine, 2017

 

09:14 Publié dans La poésie des autres