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31/07/2021

ENTRE MIDI ET MINUIT

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                                                                                                                                                 À Valérie Canat de Chizy

 

Sentir la mer couler dans ses veines

Fait pousser des coquillages

À la surface de la peau

Rapproche du silence

Les voiliers au loin.

Rien ne peut empêcher

La dérive des songes

Dès que plus rien ne bouge

Que les surfeurs

Ressemblent à des acrobates

Courageux

Jouant avec le risque de mourir

Et le plaisir de se surpasser.

Plus les rouleaux sont hauts

Derrière eux

Plus l'exploit d'être encore

Vivants

Se sent dans la manière qu'ils ont

De rester debout

De glisser toujours

Là où le sang des vagues

Circule plus vite

Que les visions fugaces

De l'origine du monde.

 

Thierry Radière, Entre midi et minuit. La Table ronde, 2021

 

17:02 Publié dans La poésie des autres

03/06/2021

Là où ici

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parfois il suffit d'un poème

une chanson... une peinture

 

la photographie d'un détail

révélant la masse invisible de l'ensemble

 

le portrait évanoui de l'oubli

s'imprime et prime à nouveau

 

un visage rond au regard caché

d'une frange avalant la brillance

 

d'un sourire discret mais inaliénable

 

Vincent Motard-Avargues, Là où ici. Aux cailloux des chemins, 2021

 

11:12 Publié dans La poésie des autres

05/05/2021

CETTE LÉGÈRETÉ

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Suis-je

au balbutiement

du poème

vers quelle ombre

irai-je sur la route

qui m'observe

casser

les cailloux du doute

je souffle

sur les poussières

pour trouver

les pavés de l'enfance

oubliée

les nids plus hauts  fragiles

 

Sophie-Marie van der Pas, Cette légèreté. Les éditions Balade à la Lune, 2021

21:45 Publié dans La poésie des autres

27/03/2020

JARDINIER

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Tu me renverses et je m’en vais

pleurer d’amour dans la poussière.

 

Tu m’as souri avant l’aube et le jour

était toi, discrètement, lentement.

J’ai vu ton sourire

et je ne suis jamais rentrée.

Tu dissimulais ta lumière le long des murs

avec tes dents de travers et tes fossettes de jeune homme,

qu’avant ce matin frêle

nous avions défiguré.

 

Pardon que tu es,

pourquoi es-tu passé si vite ?

 

*

 

Quelles nouvelles ? de quel monde ?

Comme si j’espérais savoir

ce qui a bien pu arriver,

très tôt un jour d’avril.

Il a tracé sur ma bouche

une promesse avant de parler,

une manière de caresse ou de baiser

et puis il s’est rompu le cœur.

 

Ariel Spiegler, Jardinier. Gallimard, 2019

10:17 Publié dans La poésie des autres

14/01/2020

LA RENOUÉE AUX OISEAUX

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Moi j'ai l'arbre

son écorce

pour m'enfouir

être unique

même tarie

sans bouche à nourrir

 

L'enfant sans faim

bouche à bouche avec l'oubli

 

Je bois la sève de l'arbre

 

*

 

Je redescends à l'arbre

une heure durant

je le laisse voler ma lumière

 

Je voudrais manger

le noir de ses racines

avaler d'autres tubercules

arrachés à la chance

au jardin de l'asile

 

Paola Pigani, La renouée aux oiseaux. La Boucherie littéraire, 2019

09:26 Publié dans La poésie des autres

26/08/2019

La Grande Papillon

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Tortue

 

 

La première chose que ma fureur

a pulvérisée, c’est

 

ma carapace

Tu as tout essayé

 

pour que je ressemble de nouveau

à une babiole :

 

porcelaine, ébène, ivoire

des tortues en rang sur une étagère

 

J’aurais peut-être dû laisser mûrir mes idées

mais pousser un cri

 

était forcément nécessaire

Et maintenant

 

mes écailles répandues tracent

un sentier magique

 

dont tu es champion par ta méfiance

toi qui m’enjoignais : Ne crie pas

 

 

Delfine Guy, La Grande Papillon. Al Manar, 2019

08:40 Publié dans La poésie des autres

17/06/2019

Du soleil, sur la pente

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Et non seulement l’herbe

et tous les objets posés

sur son tapis

déroulé comme un rire

propagé par-dessus

            les murmures du jardin,

mais aussi et surtout

toi en robe tendre

et la ronde vive

des enfants,

et moi dans l’ombre

d’un silence

qui survole tout cela

flottant léger

sur la pente du soleil

et d’un seul désir :

 

             Nous en tenir

             au courant.

 

 

Morgan Riet, Du soleil, sur la pente. Éditions Voix Tissées, 2019

08:43 Publié dans La poésie des autres

22/05/2019

CORROSION

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Thiap

 

On a pris la route

comme si ce n’était pas la dernière fois.

L’air sentait bon,

la forêt serait toujours là

et les grands arbres.

On a marché

tout était parfait,

le claquement de l’eau

les papillons fous

tourmentés par le vent,

une couleuvre et les singes

qui attendaient qu’on s’éloigne

pour reprendre les conversations.

Puis le film s’est accéléré.

On a parlé, parlé à toute vitesse.

La vie était lovée dans la paume d’une main,

on l’observait.

 

 

 

On a pris la route

comme si je ne devais pas partir demain

et je suis partie.

Toujours on part,

à l’Ouest, carrément.

Je crois que quelque chose m’a suivie,

je l’entends

encore

par moment

qui me chuchote une autre histoire

et caresse mon cœur de cuir.

 

 

 

                                               Février 2017, forêt de Khao Yaï

                                                           (Khao Yaï, Thaïlande)

 

 

Mireille Disdero, Corrosion. La Boucherie littéraire, 2019

 

12:40 Publié dans La poésie des autres

22/10/2018

JOUR APRÈS NUIT

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L’ombre est nue le matin, sans hâte

j’avance vers les mots qui viennent

à ma rencontre : mes mains butent

sur leur peau, cherchent le sillon où

devenir une voix meilleure, plus limpide,

semblable au chant du verre, caressé.

Une bouche à qui confier l’écume

bouillonnante de vivre

 

au cœur des chardons,

là où l’immensité pique.

 

 

Viens, il nous reste des secrets

à se dire dans l’obscurité parfaite

et le feu des épices.

La mer est derrière la fenêtre, pleine

de voyages indécis.

Larmes intimes offertes

au sable. Mes mains se perdent

dans la brûlure ouverte

où trébuchent et sombrent

les oiseaux blessés,

 

les paroles décousues, fil à fil.

 

Martin Laquet, jour après nuit. La Passe du vent, 2017

 

08:55 Publié dans La poésie des autres

18/06/2018

TRAJECTOIRE DEROUTÉE

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Ma paume immense et lisse

caresse la nuit couvrant

moitié de la terre.

Elle protège la planète.

Je protège la nuit.

Contre quel criminel ?

Je n’ai plus de doigts

juste la paume géante

et dans son creux

la nuit immensément fragile :

elle va disparaître.

L’aube y aidera.

De mes pas attraper

l’absence parfaite :

le très haut des jours,

son air bleu royal.

 

Sanda Voïca, Trajectoire déroutée. Lanskine, 2018

08:39 Publié dans La poésie des autres