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21/10/2019

Lecture à La Virevolte

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26/08/2019

La Grande Papillon

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Tortue

 

 

La première chose que ma fureur

a pulvérisée, c’est

 

ma carapace

Tu as tout essayé

 

pour que je ressemble de nouveau

à une babiole :

 

porcelaine, ébène, ivoire

des tortues en rang sur une étagère

 

J’aurais peut-être dû laisser mûrir mes idées

mais pousser un cri

 

était forcément nécessaire

Et maintenant

 

mes écailles répandues tracent

un sentier magique

 

dont tu es champion par ta méfiance

toi qui m’enjoignais : Ne crie pas

 

 

Delfine Guy, La Grande Papillon. Al Manar, 2019

08:40 Publié dans La poésie des autres

17/07/2019

OURLETS II

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À gauche, les notes du père, à droite, les mots de la fille. Clara Regy est restée proche de son père, et est aussi restée attentive aux petits riens du quotidien de son paternel : menues courses (et listes de commissions), lierre descendu du mur des voisins, grattage de la terre, repiquage des salades, plantation des dahlias… Cette attention se ressent dans les notes menues que l’on imagine écrites par son père, et qu’elle a retranscrites :

semé laitue d’hiver Merveille

rhume Humex comprimé et gélules

plus de 25 mm de pluie

dans la nuit

Autant de petites notes, qui sont comme les notes d’un journal, esquissées au jour le jour : les menus événements, faits et activités de tous les jours d’un père plus très jeune et menant une vie simple. Les poèmes de la fille, à droite, parlent du père, de ce que la fille retient de celui-ci, de leur relation :

parfois ta bouche parle

tu ne racontes rien

je n’ose te le dire

parfois ta bouche parle

et me fait mal

aussi

quelques mots

perdus

Clara Regy dessine le portrait de son père, qui est resté attaché à la terre, à son jardin :

tu cramponnes le temps au creux des arrosoirs

sans doute un peu moins pleins

la pomme fait semblant

de pleurer davantage

au-dessus des patates

dans le creux de la terre

Elle parle de la toile du jean, de la blouse de travail bleu bugatti, des femmes qu’il regarde ou dont il se souvient avec gourmandise – nous avons tous les deux / passé l’âge / de rougir. Elle parle des légumes de son jardin, des œufs de poule ramassés, dont il est si fier. Un recueil presque à quatre mains, dans lequel père et fille partagent une touchante proximité.

 

Clara Regy, Ourlets II. Lanskine, 2019

17:24 Publié dans La poésie des autres

08/07/2019

Deux notes sur "caché dévoilé"

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Dans le Terre à ciel de juillet, deux notes sur "caché dévoilé", l'une de Sabine Huynh, l'autre de Clara Regy :

 

"Il y a... elle, femme-paysage, femme-enfant, et ses mots « humbles » face au « chaos du monde », accrochés à l’enfance et aux merveilleux petits riens qui rappellent la tanière d’antan remplie de joies et protégée de l’indifférence. Il y a une tombe, un deuil, un apaisement cherchant profondeur, des images pures recomposées en retrait du monde. Il y a beaucoup de lumière dans ce texte qui pourtant n’oublie pas que sous le soleil il y a aussi « Alep ventre ouvert ». Il y a une peau de femme qui respire, une sensualité en veille ouverte aux frissons, une sensibilité qui saisit absolument tout.

poésie quand le vert
déverse l’eau des arbres
la poche à l’intérieur
où baignent les tiges
tête recourbée
le coquelicot
j’ai des pétales
pour sentir
le monde vibrer"

Sabine Huynh (à lire sur Terre à ciel)

 

**

 

caché dévoilé est un chant, aux vers aigus ou tendres, un jeu entre regard et cœur.
Les images se succèdent, la nature fait son œuvre, soigne, guérit l’enfance. Pensées vers le père, la mère, la sœur ? Un fil sur lequel balance ce regard, alourdi de doutes, de manques, mais d’amour aussi.
Valérie Canat de Chizy, n’oublie pas ce qu’elle nomme « différence », mais elle semble ici, dépassée par les gestes, « les peaux sont douces/après l’amour » quelque chose qui ressemblerait au bonheur, troublée cependant par les douleurs du monde, “ Alep ventre ouvert/où grouillent les vers », et puis peut-être aussi le sentiment de cette intolérable impuissance «  sous le sable / les mots se taisent  ».

Et c’est ainsi que le texte se construit, se déchire et reprend :

le poème monte

une vague
va et vient

il puise à la source

ce qui dort sous la paille
à l’abri des regards

coquille éclatée de l’œuf
l’oisillon crie famine

les petits becs ouverts
de mon ventre
s’abreuvent

Dans ce recueil, « elle » ose dire et redire, dans des mots gorgés de silence, mais ce silence-là, on l’entend, mieux on l’écoute et puis voilà : « le chat s’étire/sur le dos  ».
« J’ai aimé le poème  » dit-il alors, et nous, lecteurs, combien pouvons-nous le comprendre !

Clara Regy (à lire sur Terre à ciel)


08:56 Publié dans Recueils parus

17/06/2019

Du soleil, sur la pente

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Et non seulement l’herbe

et tous les objets posés

sur son tapis

déroulé comme un rire

propagé par-dessus

            les murmures du jardin,

mais aussi et surtout

toi en robe tendre

et la ronde vive

des enfants,

et moi dans l’ombre

d’un silence

qui survole tout cela

flottant léger

sur la pente du soleil

et d’un seul désir :

 

             Nous en tenir

             au courant.

 

 

Morgan Riet, Du soleil, sur la pente. Éditions Voix Tissées, 2019

08:43 Publié dans La poésie des autres

22/05/2019

CORROSION

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Thiap

 

On a pris la route

comme si ce n’était pas la dernière fois.

L’air sentait bon,

la forêt serait toujours là

et les grands arbres.

On a marché

tout était parfait,

le claquement de l’eau

les papillons fous

tourmentés par le vent,

une couleuvre et les singes

qui attendaient qu’on s’éloigne

pour reprendre les conversations.

Puis le film s’est accéléré.

On a parlé, parlé à toute vitesse.

La vie était lovée dans la paume d’une main,

on l’observait.

 

 

 

On a pris la route

comme si je ne devais pas partir demain

et je suis partie.

Toujours on part,

à l’Ouest, carrément.

Je crois que quelque chose m’a suivie,

je l’entends

encore

par moment

qui me chuchote une autre histoire

et caresse mon cœur de cuir.

 

 

 

                                               Février 2017, forêt de Khao Yaï

                                                           (Khao Yaï, Thaïlande)

 

 

Mireille Disdero, Corrosion. La Boucherie littéraire, 2019

 

12:40 Publié dans La poésie des autres

25/04/2019

DES ORTIES ET DES HOMMES

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À Chavagnac, j’ai comme une autre vie où des femmes en noir nous regardent passer avec les chèvres. Nonna et moi, on n’est pas des bergères, on est des cheminières. On n’a pas de troupeau, pas de chien, pas de colline à nous. Que les fossés et les palisses. Nonna m’apprend pour les orties. J’ai juste à la regarder cueillir comme si c’était des fleurs, à mains nues sous les feuilles. Il suffit de les prendre par la douceur et la peau ne sent rien. Je mets mes bras en cercle pour tenir le haut du sac. Nonna le remplit sans rien dire. C’est léger même plein, le sac d’orties et de silence. Je porte tout sans mal, le mystère des vilaines herbes qui ne le sont plus.

 

Paola Pigani, Des orties et des hommes. Liana Levi, 2019

10:38

14/03/2019

caché dévoilé

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Caché dévoilé oscille entre le silence et le monde, entre le repli et l'ouverture, une certaine plénitude et l'angoisse. Avec soi-même et face aux autres. Il y a pourtant beaucoup de bonheur. Celui de recevoir une lettre, les petites choses simples et quotidiennes comme un soleil qui caresse la peau, le duvet des poussins, les fleurs et la joie de gambader ou d'entrer dans une librairie, le mouvement de la mer. L'écriture aussi fait partie des petites joies, quand cet exercice ne devient pas ambivalent face aux événements de la vie ou les échos qui parviennent du monde. Ainsi, Valérie Canat de Chizy va du bonheur à la tristesse, alterne poèmes de soleil et poèmes ravivant les blessures, celles de l'enfance, celles de la perte du père, celles de la différence : " Parfois / je me sens grande / puis la blessure / se réveille ". L'écriture permet-elle de balayer ces fragilités ? " je vois la beauté / et pourtant la tristesse / ne desserre son étreinte ". À la fois ours et lumière, recroquevillée dans sa peau et prête à accueillir des pensées d'amour sur sa peau, Valérie Canat de Chizy accroche et décroche les différentes parties d'elle-même. Il s'agit d'accepter, d'y parvenir, d'être au monde, au sein des autres avec des mots de fleurs, de soleil et de plonger les yeux dans des regards de détresse parfois. Si la blessure est présente, ce que l'on retient c'est l'aller vers l'avant, la visible simplicité du bonheur lorsqu'il s'agit de le cueillir par la magie des mots et de la poésie. Prendre respiration, s'envoler lorsque l'étau se desserre. 

Cécile Guivarch

 

Ils en parlent :

Claude Vercey, sur le site de la revue Décharge

Sabine Huyhn, sur le site Terre à ciel

Clara Regy, sur le site Terre à ciel

Florent Toniello, sur le site D'ailleurs poésie

Marie-Anne Bruch, sur son blog La bouche à oreilles

Murièle Camac, sur son blog Les portes de la perception

Angèle Paoli, des extraits sur le site Terre de femmes

12:33 Publié dans Recueils parus

22/10/2018

JOUR APRÈS NUIT

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L’ombre est nue le matin, sans hâte

j’avance vers les mots qui viennent

à ma rencontre : mes mains butent

sur leur peau, cherchent le sillon où

devenir une voix meilleure, plus limpide,

semblable au chant du verre, caressé.

Une bouche à qui confier l’écume

bouillonnante de vivre

 

au cœur des chardons,

là où l’immensité pique.

 

 

Viens, il nous reste des secrets

à se dire dans l’obscurité parfaite

et le feu des épices.

La mer est derrière la fenêtre, pleine

de voyages indécis.

Larmes intimes offertes

au sable. Mes mains se perdent

dans la brûlure ouverte

où trébuchent et sombrent

les oiseaux blessés,

 

les paroles décousues, fil à fil.

 

Martin Laquet, jour après nuit. La Passe du vent, 2017

 

08:55 Publié dans La poésie des autres

27/08/2018

FÊLURE

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parfois notre vision se trouble

l’idée que nous avons

de nous-même notre identité

dans le ciel intérieur il y a

une fêlure et des lisérés blancs

on voudrait colmater les brèches

à coups de jaune d’œuf

appliqué au pinceau

donner de la chaleur de la rondeur

comme la pâte de la brioche

devient dorée sur le dessus

pourtant le ciel demeure opaque

des goélands le transpercent

de leurs ailes de leurs cris

même si au fond tout est silence

alors les mots se faufilent

se blottissent contre nous

 

08:55