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03/06/2008

FRUITS

mon poids de vie
je te pose
sur la margelle
où dort le chat

dans la clarté jaune paille

je laisse la matière m'imprégner
celle des arbres des feuilles
de la terre

celle que je bois

je ne dépendrai plus de personne
seulement de mon bout de terrain
que je bêche du matin au soir
je récolterai des haricots
des tomates des laitues

des courges pour l'hiver

il y aura des arbres
qui me donneront
des pêches des abricots des poires
des mirabelles que je ferai cuire
pour les tartes les confitures


Entre le verre et la menthe, Jacques André Éditeur
, 2008, p. 18

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19:55 Publié dans La poésie des autres

LE BONHEUR NE DORT QUE D'UN OEIL

Une toile de couleurs pastel où la nature prédomine, bruissante ; une ode à la contemplation où se mêlent inquiétude et espérance. Lise Mathieu sème ses mots comme autant de petits cailloux, afin d'être sûre que l'on pourra toujours la retrouver, dans la fragilité d'être et cette incertitude que l'on devine, tapie derrière les mots. Le jeu d'ombre et de lumière teinte le recueil, et l'on retrouve la marque d'un enfouissement dans lequel voudraient se dissimuler les contradictions douloureuses d'une psyché empreinte de profondeur. Tant de brouillard de ciel et de vent // Et les mortels embrassements / De l'ombre et de la lumière. La douleur est perceptible – J'essaie de retenir // Un peu d'eau / Sous mes paupières // Mais il ne reste rien / Qu'un peu de peau / Beaucoup de pierres –, de même que la mélancolie : Je marche sur mon âme / Qui me suit en boîtant. La présence à la nature apporte ici un souffle, une respiration, la vie alors se remet à circuler : Avec mon feuillage / Un oiseau me traverse / Comme une idée // Des grains de lumière / Et des grains de nuit / Bougent dans mon corps ; une vie en constant va-et-vient entre extérieur et intérieur : J'ai lancé mes pensées / Dans la nuit / Faucons bagués // Toutes mes pensées dehors / Et le vide en moi / Comme une source sans murmure. La peau est comme un voile de réceptivité qui s'imprégnerait du dehors, l'absorberait dans son immensité : La paume du ciel sur mon front / Et les étoiles / Loin derrière. Car le dehors a une âme. Rien / rien d'aussi vrai / Que le regard sur moi / De l'oiseau / Arraché à la nuit. C'est peut-être là que se trouve le secret du bonheur.


Lise Mathieu, Le bonheur ne dort que d'un oeil. L'atelier imaginaire / Le Castor astral, 2006

Chronique parue dans Verso n°131 (déc. 2007)

15:20 Publié dans Chroniques