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06/07/2008

LA COURBE DOUCE DE LA GRENADE

Dans ces pages, Anne-Lise Blanchard évoque des vies quotidiennes où le bonheur fragile côtoie le désastre, celui lié à la perte irrémédiable d’une terre qui a marqué à jamais ceux qui l’ont quittée, dans l’exil : l’Algérie. Nul ne peut imaginer le poids de larmes et de mort supporté par ces milliers de personnes que l’Histoire a condamnées à s’arracher à leurs racines pour rejoindre une terre étrangère appelée France, que d’aucuns ne connaissent alors que de nom. La petite fille de cinq ans se souvient, mais beaucoup plus tard. De l’avant, puis de l’après. Souvenirs d’enfance, du square, des sandales blanches, de la petite chambre pleine et chaude à l’intérieur de soi, quand le beignet est achevé. La famille aussi, et puis ceux que l’on n’a pas vraiment connus, mais dont on a entendu parler, plus tard, bien plus tard. Il y a Claude, ses vingt-hui ans innocents, c’est Pâques, et c’est la première fois depuis qu’il quitte cette bourgade heureuse au nom prédestiné qu’il retourne chez lui, dans la grande ville blanche qui s’élève au-dessus de la mer. Il ne sait pas ce qu’est la guerre. Il découvre les impacts de balles sur les murs, le trépignement des armes, les sirènes, les cris. Il vient retrouver Nicolette, qu’il connaît depuis si longtemps. Nicolette, qu’il ne reverra pas, car elle fait partie des victimes de la radio. Il y a le voyage des anges de ceux qui n’ont pas supporté de rester en vie. Il y a la mémoire du poisson frais ou bien grillé au feu de bois, du vin encore vert, à laquelle se superposent, nuages qui passent, celles du jasmin en treille et des beignets de capucines. Il y a Nedjma et ses tresses épaisses. Et puis, quelque part entre terre grise et ciel gris, il y a Anna, revenue sur les pas de son enfance, celle d’après la séparation. Anna, qui ravale son haut-le-cœur, ou son sanglot, elle ne saura pas. Son regard sur la ligne d’horizon sous le coucher de soleil n’a plus la courbe douce de la grenade.

 

Anne-Lise Blanchard, La courbe douce de la grenade, Cahiers bleus / Librairie bleue, 2006

 

(Verso n°130)

12:00 Publié dans Chroniques

02/07/2008

SOUS-BOIS

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En ce lieu de feuilles

filtre la lumière

 

écorce palpite sève

 

Juste nous asseoir

 

et laisser le calme

infuser chacune

de nos parcelles

 

particules de vie

mêlées de terre et d’eau

 

montent du sol

à travers nous

 

tresses de légèreté

descendent sur nos têtes

 

se mêlent

à nos pensées

 

Cellules dansent

dans le sous-bois

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23:45 Publié dans La poésie des autres

30/06/2008

DENTELURES

Dentelures de pierre368f54bd7de49a4bdf093cb61460a20c.jpg

            dans la délimitation

            de l’infini

À portée de main

            la haute altitude

            le fracas des roches

            bleu où s’engouffrer

            jusqu’à la démesure

Sur le papier

            traces de sang

            d’un insecte

            pris au piège

            du rouleau compresseur

     

Le silex à la pointe

            des lances                                                    

            aiguise

            sa victoire

10:50 Publié dans La poésie des autres