24/10/2008
PAUSE
Quand tisonner les mots pour un peu de couleur
ne sera plus ton affaire
quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles
ne te feront plus regretter ta jeunesse
quand un nouveau visage tout écorné d'absence
ne fera plus trembler ce que tu croyais solide
quand le froid aura pris congé du froid
et l'oubli dit adieu à l'oubli
quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du
houx
ce jour-là
quelqu'un t'attendra au bord du chemin
pour te dire que c'était bien ainsi
que tu devais terminer ton voyage
démuni
tout à fait démuni
alors peut-être...
mais que la neige tombée cette nuit
soit aussi comme un doigt sur ta bouche
Nicolas Bouvier, Le dehors et le dedans, Points, 2007, p. 82-83
16:48 Publié dans La poésie des autres
22/10/2008
LE FEU EST EN TOUTE CHOSE
Il n’y a pas de pouvoir divin, il y a un vouloir divin éparpillé dans chaque souffle : les dieux sont dans nos murs, actifs, assoupis. Orphée est déjà déchiré.
***
Je ne suis pas séparé. Je suis parmi. D’où mon tourment sans attente. Pareil à la fumée bleue qui s’élève du safre humide quand les dents de la forte mâchoire l’égratignent avant de le concasser. Le feu est en toute chose.
René Char, Éloge d’une Soupçonnée, Poésie/Gallimard, p.24-25
17:05 Publié dans La poésie des autres
20/10/2008
PREMIÈRE NEIGE
Pressentir la première neige. Être pleinement
consciente de cette montée de la joie. Près de tout.
Sans bruit pour ne pas interrompre le mouvement.
***
On devrait toujours garder une chaise d’enfant dans
sa maison. Ça et des biscuits. Je n’ai aucune
hésitation. Quelques instruments me tiennent en vie.
Louise Warren, Observations, pré # carré, octobre 2008
17:58 Publié dans La poésie des autres






