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28/06/2014

QUI SOUS LE BLANC SE TAIT

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plus dense que tu ne crois

la pierre porte la brûlure

vers le lieu exact touchant l'étoffe

 

non pas vers un point rouge tendu

par-dessus la faille

 

mais dans l'indéchiffrable

à l'arrière des yeux

dans l'odeur naissante du soir

 

n'oublie pas que sous les paupières

il faut mordre la nuit

 

qui sous le blanc se tait

 

Erwann Rougé, qui sous le blanc se tait, Editions Potentille, 2013

11:38 Publié dans La poésie des autres

17/05/2014

UNE LECON DE SÈVE

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Une leçon de sève a obtenu le prix des Trouvères 2011. Jean-Christophe Ribeyre est un poète discret, qui semble préférer l’imprégnation de la nature à l’exposition de soi. Dans ce recueil, l’orage, la grêle, évoquent le saccage, tout comme les aléas de la vie peuvent saccager un être. Ces êtres cousus de silence qui se fondent dans l’ombre des jardins, dont l’inquiétude va de pair avec une beauté peureuse, et que l’on ne remarque pas tant ils sont discrets. Il faut alors baisser la voix car ces hommes n’irradient pas à la lumière, ils purgent leur peine dans le gel. Le jardin cette nuit s’est voilé / d’une trop grande / montée d’énigme. Quelque chose vient, le printemps, il faut alors puiser aux réserves limpides. Jean-Christophe Ribeyre sait évoquer la difficulté d’une lente mutation. Comment passer de la douleur et de l’anéantissement à un état plus harmonieux, alors que tout semble tellement figé ; par quelle pierre passer pour traverser le ruisseau ? La grêle arrive, frappant au / cœur, directement / au cœurC’est en nous / ce qui meurt, / ce qui lapide au loin / emportant la lumière. Or, soudainement, la vie jaillit, les abeilles, la lavande, les papillons se soulèvent, dans un éblouissement, la joie éclate silencieuse / comme un champ de tournesols. C’est un beau recueil que cette « leçon de sève », qui nous incite à écouter au plus près la fragilité des êtres et des choses.

Jean-Christophe Ribeyre, Une leçon de sève, Éditions Henry, 2011

14:17 Publié dans Chroniques

11/04/2014

NAVIGUER DANS LES MARGES

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bourgeons bourgeonnant

fièrement portés par les branches

promesse de vert et d'ombre

de fleurs de fruits de musiques

bourgeons feuilles endormies

 

l'arbre prodigue écoute en lui

germer ses frissons de pensées.

 

*

 

l'inespérée

l'étoile qui tombe dans ta main

habillée de lumières

de rêves filés en août

et puis l'étoile se givre

jusqu'à Noël espéré.

 

Luce Guilbaud, Naviguer dans les marges, SOC & FOC, 2013

18:53 Publié dans La poésie des autres

07/03/2014

TALISMAN

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PRÉFACE 

L’enfance vient souvent visiter le présent de Valérie Canat de Chizy pour rappeler son désarroi, ses peurs, ses démons, mais aussi ses espoirs, ses rêves infinis : la vie est un rêve perpétuel / demain demain demain.

 Ce rêve permanent permet d’écouter les murs, d’intercepter des signaux, d’imaginer des rencontres avec des êtres capables de trouver le langage approprié, de nourrir un échange chaleureux : Indiens (leur regard te parle), Dogons, ou hommes préhistoriques, dont l’ocre des peintures rupestres s’incruste /dans les plaies /du temps.

 Mais le rêve n’est pas que l’attente passive des éclairs qui ébranleront les jours. Il révèle aussi cette force vitale qui nous met parfois en mouvement pour  traverser d’épaisses forêts, débroussailler, chercher pour soi un espace vacant, qui donnera lieu à une véritable rencontre. En cet espace, le poème peut prendre racine, même s’il est semé sur la terre dure, et alors proclamer la joie. En cet espace, le poème a les vertus d’un talisman.

 

je ne dis pas l’absence

mais le plein

 

boursouflure de pâte

le levain monte

 

On ne peut qu’être attentif et sensible à cette voix qui, au fil des recueils, prend une belle revanche sur le silence.

 

                                                   Marie-Ange Sebasti

09:23 Publié dans Recueils parus

31/01/2014

COMME J'AI BESOIN

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Mon coeur ce sont les questions de l'enfant

Le lait du manque

Les miroirs du sang de l'oiseau

Un cimetière d'un pigeon domestique

Comment établir une trêve avec mon coeur

Comme ma chanson a besoin

de porter les plumes de l'âme

Comme mon épouse a besoin de se préparer

pour la braise de ma lèvre

et les feux de mes doigts

Et moi comme j'ai besoin

d'ouvrir

avec la lumière les fenêtres

de mon coeur pour la journée

 

Tarek Al Karmy, "Comme j'ai besoin" in Poésie de Palestine : anthologie rassemblée par Tahar Bekri, Al Manar, 2013

19:47 Publié dans La poésie des autres

01/01/2014

Stolons

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Ne plus exister qu’à soi-même

Chercher l’indifférence à l’autre

Pour mieux résister… Mais à quoi ?

 

Faut-il s’exiler disparaître

Sans se lasser de n’être plus ?

 

Plus qu’un avers décoloré

À l’œil vitreux au souffle court ?

 

Non. L’enjeu est de faire face

Et d’avoir un regard-aimant

Seul et unique dénouement

 

Gérard Gâcon, Stolons. Jacques André éditeur, 2013

18:23 Publié dans La poésie des autres

23/11/2013

VOUS ÊTES MES AÏEUX

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Cécile Guivarch marche sur les traces de ses ancêtres, dans une quête généalogique, guidée par le désir de connaître ces êtres, hommes, femmes, enfants qui l’ont précédée, de savoir qui ils étaient, comment ils vivaient. Ces hommes et ces femmes qui vivaient avant elle, de la lignée desquels elle est issue, viennent hanter ses rêves, habitent son présent. vous êtes mes aïeux / vous vivez dans mon corps / circulez dans mon sang / vous dansiez dans ma tête / avant même ma naissance / tout ce que vous taisez. Extraits de lettres, d’archives, viennent témoigner, des dates sur un état civil, des recherches sur les conditions de vie de l’époque, vos maisons à dormir tous blottis / le four à pain l’eau dans les tonneaux. La sève continue de couler dans l’arbre généalogique, le sang circule, porteur de mémoire, des blancs demeurent entre les branches. Des noms de rues, des prénoms, s’égrènent, sur les photographies en noir et blanc, la dureté du regard s’adoucit. Des pages à imaginer, tenter de reconstituer les champs le blé noir / le lin les pommes de terre / le bouillon dans vos assiettes / vous n’en disiez rien / vos peurs à déranger / vos blessures à guérir. Conditions de vie, donc, mais aussi états d’âme, émotions, ressentis, sont évoqués, reconstituant le portrait de personnes disparues. Je reste longtemps / regarder mon arbre / ce qu’il a de feuilles / remue ensemble avec moi.

Cécile Guivarch, Vous êtes mes aïeux, Éditions Henry, 2013

18:05 Publié dans Chroniques

29/10/2013

CETTE PARCELLE INEPUISABLE

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Marie-Ange Sebasti nous offre un recueil pétillant et frais comme un verre de limonade. Pas de pesanteur dans ces textes, où l’enfance est convoquée à tous les étages. L’enfant du recueil, c’est le poème, celui qui pique de courtes mais violentes colères, qui trépigne d’impatience pour sortir. Un enfant turbulent qui démonte les lucarnes / et défie les étoiles / sans jamais grandir en sagesse. L’enfant, le poème, permet au regard de se perdre à l’horizon, de dialoguer avec les anges. Il est une invitation à un voyage aux quatre saisons des déserts ; les mots naviguent autour du monde, s’assoupissent au cours de longues escales, puis reviennent à quai, la peau hâlée. Marie-Ange Sebasti explore avec beaucoup de malice cette parcelle inépuisable qui permet une échappée belle, et de s’affranchir du gris des jours et des peurs du passé. Son recueil prend délibérément le parti du bonheur. J’exerce mes pinceaux / à rattraper la joie / sur la ligne de fuite. Retrouver son cœur d’enfant, c’est aussi ne pas se prendre au sérieux, conserver un brin de fantaisie et de légèreté. On ne se lasse pas de ces images où s’exerce l’imagination, ni de ces souvenirs du jardin du Palais-Royal où une nuée d’enfants migrateurs / virevoltait. Un beau recueil.

Marie-Ange Sebasti, Cette parcelle inépuisable, Jacques André éditeur, 2013

19:08 Publié dans Chroniques

02/10/2013

AU COEUR DE LA ROYA

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Monastère de Saorge. Crédit photo : Paul Silici

 

Françoise Siri a écrit ce recueil au cours d’une résidence d’écriture dans le monastère de Saorge, petit village médiéval à flanc de colline des Alpes maritimes, au cœur de la Roya. Les premiers textes s’attachent à dépeindre la montagne qui porte le village, la roche, le pavé italien, à les rendre vivants. Les images convoquent les sens pour doter de vie le paysage : sur le rocher la verte agreli a le goût acidulé de l’enfance. L’église et le cloître sont dépeints : partout des mains / Des mains offertes des mains ouvertes, des anges et une croix. Les murs du couvent sont ornés de fresques à moitié effacées, d’un gros médaillon tendre comme un biscuit / Rose guimauve et vert anis ; les fresques sont en lambeaux, la peinture, délavée, effacée par les âges ou par la main de l’homme. Les personnages de ces fresques sont défigurés et ici, c’est la souffrance qui perce, La fresque saigne blanc. Plus loin sont évoquées les veuves du village, et c’est la mémoire qui resurgit, celle d’avant la guerre, avec les scènes de bal où les filles dansaient pour trouver un mari. Au cœur de la Roya a la saveur des biscuits d’antan au goût délicat et tendre, friables comme les vestiges du passé.

 

Françoise Siri, Au cœur de la Roya, Éditions Henry, 2013

10:08 Publié dans Chroniques

30/08/2013

JOUR

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« Jour » se présente comme une succession de tableaux, fragments du point de vue ou du monologue intérieur d’un narrateur qui décrit ce qu’il voit, se souvient du passé, ou s’adresse intérieurement à la femme qui l’a quitté. C’est le même « Je » qui s’exprime, que ce soit pour évoquer un homme endormi sur le sol, la ville où se répand le bruit / sourd des quotidiens / mécaniques, ou pour revenir sur sa vie d’autrefois, sur le visage de la femme aimée, qui lui a échappé. La frontière entre le narrateur et les hommes sur lesquels il porte son regard est ténue, tant ils semblent aussi perdus, démunis et dénués de perspective les uns que les autres. Cette focalisation est un prétexte pour évoquer les corps empêchés, les vies frappés d’amnésie. Ce matin le ciel / ne s’ouvre pas / et la peur sourd / des murs. Pour le narrateur, l’ouverture, même sans issue, est dans le passé, sans cesse ressassé. Dans le souvenir des enfants d’Amérique des années trente dont les photographies ont hanté la vie d’écolier. « Jour », finalement, se termine par une échappée, sur le port où le vent fouette le visage. Je bois jusqu’à plus soif la lumière / du jour.

Jean-Jacques Marimbert, Jour, Éditions Les Carnets du dessert de lune, 2013

10:26 Publié dans Chroniques