Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/10/2014

MURAILLE DE CHINE

muraille.jpg

 

nommer

ce qui approche

battement de cils

chamade du cœur

une force naît

surgit

elle

voudrait renverser

des montagnes

 

Valérie Canat de Chizy / pré # carré / Octobre 2014 / 6€ port compris

11:04 Publié dans Recueils parus

23/08/2014

CHANTS D'UN OISEAU DE NUIT

P1000532.JPG

 

Le recueil commence par des considérations sur le quotidien : Descendre l’escalier, / Sortir les chats, / Rentrer les chats, / Donner à manger aux chats, par une critique de l’américanisation et de l’argent fou. Très vite, le rêve supplante le réel, non pas le rêve américain, mais L’épisode unique / D’un feuilleton / Qui se réécrit / Souvent. Rêver au passé. Instants saisis au vol. Alain Crozier déroule le film de sa jeunesse. C’est une gare désaffectée, un mercredi de pluie continue, un repas de noël… Mais le vrai rêve survient au milieu du recueil quand les filles connues, croisées, aimées refont surface. Pour Alain Crozier, Il faut toujours renier le futur, / Il faut toujours revivre le passé, / Il faut toujours essayer tout ça. // Refuser la fatalité, / Recommencer les bons moments, / L’ère antérieure à un air… Puis, rêver aux rencontres possibles, fantasmées. Rêves de puissance et de séduction. Ce sont sans doute ces deux parties qui sont les plus intéressantes, les plus envoûtantes. Le rêve est donc ici un contrepoids au réel, au présent. Alain Crozier semble nostalgique de l’époque où il découvrait les Doors et vibrait aux chansons de Morrison. Ses Chants d’un oiseau de nuit sont un petit concert nocturne à écouter…

Alain Crozier, Chants d’un oiseau de nuit, Jaques André éditeur, 2014

20:09 Publié dans Chroniques

11/07/2014

D'ÊTRE LE COEUR OUVERT

P7030010.jpg

 

d'être le coeur ouvert

comme un bleuet

 

des mains étirent la chair

 

champs de coquelicots

vieilles pierres

 

forment une césure

la gorge rétrécit.

 

*

 

partir fuir

à l'ombre

des châtaigniers

dialoguer avec les pierres

tenir à distance les meutes

aux abois

visages déchirés qui se superposent

forment des taches sombres.

 

*

 

où est l'amour

les corps se heurtent

dans la pupille des chats

je vois la clarté jaune

du soleil la tendresse

du pain.

 

Extraits publiés dans Saraswati n°13 (mai 2014)

10:57 Publié dans La poésie des autres

28/06/2014

QUI SOUS LE BLANC SE TAIT

P1000399.JPG

 

plus dense que tu ne crois

la pierre porte la brûlure

vers le lieu exact touchant l'étoffe

 

non pas vers un point rouge tendu

par-dessus la faille

 

mais dans l'indéchiffrable

à l'arrière des yeux

dans l'odeur naissante du soir

 

n'oublie pas que sous les paupières

il faut mordre la nuit

 

qui sous le blanc se tait

 

Erwann Rougé, qui sous le blanc se tait, Editions Potentille, 2013

11:38 Publié dans La poésie des autres

17/05/2014

UNE LECON DE SÈVE

P7090052.jpg

Une leçon de sève a obtenu le prix des Trouvères 2011. Jean-Christophe Ribeyre est un poète discret, qui semble préférer l’imprégnation de la nature à l’exposition de soi. Dans ce recueil, l’orage, la grêle, évoquent le saccage, tout comme les aléas de la vie peuvent saccager un être. Ces êtres cousus de silence qui se fondent dans l’ombre des jardins, dont l’inquiétude va de pair avec une beauté peureuse, et que l’on ne remarque pas tant ils sont discrets. Il faut alors baisser la voix car ces hommes n’irradient pas à la lumière, ils purgent leur peine dans le gel. Le jardin cette nuit s’est voilé / d’une trop grande / montée d’énigme. Quelque chose vient, le printemps, il faut alors puiser aux réserves limpides. Jean-Christophe Ribeyre sait évoquer la difficulté d’une lente mutation. Comment passer de la douleur et de l’anéantissement à un état plus harmonieux, alors que tout semble tellement figé ; par quelle pierre passer pour traverser le ruisseau ? La grêle arrive, frappant au / cœur, directement / au cœurC’est en nous / ce qui meurt, / ce qui lapide au loin / emportant la lumière. Or, soudainement, la vie jaillit, les abeilles, la lavande, les papillons se soulèvent, dans un éblouissement, la joie éclate silencieuse / comme un champ de tournesols. C’est un beau recueil que cette « leçon de sève », qui nous incite à écouter au plus près la fragilité des êtres et des choses.

Jean-Christophe Ribeyre, Une leçon de sève, Éditions Henry, 2011

14:17 Publié dans Chroniques

11/04/2014

NAVIGUER DANS LES MARGES

Naviguer.jpg

 

bourgeons bourgeonnant

fièrement portés par les branches

promesse de vert et d'ombre

de fleurs de fruits de musiques

bourgeons feuilles endormies

 

l'arbre prodigue écoute en lui

germer ses frissons de pensées.

 

*

 

l'inespérée

l'étoile qui tombe dans ta main

habillée de lumières

de rêves filés en août

et puis l'étoile se givre

jusqu'à Noël espéré.

 

Luce Guilbaud, Naviguer dans les marges, SOC & FOC, 2013

18:53 Publié dans La poésie des autres

07/03/2014

TALISMAN

7894_166275446882712_1381985744_n.jpg

PRÉFACE 

L’enfance vient souvent visiter le présent de Valérie Canat de Chizy pour rappeler son désarroi, ses peurs, ses démons, mais aussi ses espoirs, ses rêves infinis : la vie est un rêve perpétuel / demain demain demain.

 Ce rêve permanent permet d’écouter les murs, d’intercepter des signaux, d’imaginer des rencontres avec des êtres capables de trouver le langage approprié, de nourrir un échange chaleureux : Indiens (leur regard te parle), Dogons, ou hommes préhistoriques, dont l’ocre des peintures rupestres s’incruste /dans les plaies /du temps.

 Mais le rêve n’est pas que l’attente passive des éclairs qui ébranleront les jours. Il révèle aussi cette force vitale qui nous met parfois en mouvement pour  traverser d’épaisses forêts, débroussailler, chercher pour soi un espace vacant, qui donnera lieu à une véritable rencontre. En cet espace, le poème peut prendre racine, même s’il est semé sur la terre dure, et alors proclamer la joie. En cet espace, le poème a les vertus d’un talisman.

 

je ne dis pas l’absence

mais le plein

 

boursouflure de pâte

le levain monte

 

On ne peut qu’être attentif et sensible à cette voix qui, au fil des recueils, prend une belle revanche sur le silence.

 

                                                   Marie-Ange Sebasti

09:23 Publié dans Recueils parus

31/01/2014

COMME J'AI BESOIN

PC270010.jpg

 

Mon coeur ce sont les questions de l'enfant

Le lait du manque

Les miroirs du sang de l'oiseau

Un cimetière d'un pigeon domestique

Comment établir une trêve avec mon coeur

Comme ma chanson a besoin

de porter les plumes de l'âme

Comme mon épouse a besoin de se préparer

pour la braise de ma lèvre

et les feux de mes doigts

Et moi comme j'ai besoin

d'ouvrir

avec la lumière les fenêtres

de mon coeur pour la journée

 

Tarek Al Karmy, "Comme j'ai besoin" in Poésie de Palestine : anthologie rassemblée par Tahar Bekri, Al Manar, 2013

19:47 Publié dans La poésie des autres

01/01/2014

Stolons

P1000310.JPG

 

Ne plus exister qu’à soi-même

Chercher l’indifférence à l’autre

Pour mieux résister… Mais à quoi ?

 

Faut-il s’exiler disparaître

Sans se lasser de n’être plus ?

 

Plus qu’un avers décoloré

À l’œil vitreux au souffle court ?

 

Non. L’enjeu est de faire face

Et d’avoir un regard-aimant

Seul et unique dénouement

 

Gérard Gâcon, Stolons. Jacques André éditeur, 2013

18:23 Publié dans La poésie des autres

23/11/2013

VOUS ÊTES MES AÏEUX

P1000194.JPG

Cécile Guivarch marche sur les traces de ses ancêtres, dans une quête généalogique, guidée par le désir de connaître ces êtres, hommes, femmes, enfants qui l’ont précédée, de savoir qui ils étaient, comment ils vivaient. Ces hommes et ces femmes qui vivaient avant elle, de la lignée desquels elle est issue, viennent hanter ses rêves, habitent son présent. vous êtes mes aïeux / vous vivez dans mon corps / circulez dans mon sang / vous dansiez dans ma tête / avant même ma naissance / tout ce que vous taisez. Extraits de lettres, d’archives, viennent témoigner, des dates sur un état civil, des recherches sur les conditions de vie de l’époque, vos maisons à dormir tous blottis / le four à pain l’eau dans les tonneaux. La sève continue de couler dans l’arbre généalogique, le sang circule, porteur de mémoire, des blancs demeurent entre les branches. Des noms de rues, des prénoms, s’égrènent, sur les photographies en noir et blanc, la dureté du regard s’adoucit. Des pages à imaginer, tenter de reconstituer les champs le blé noir / le lin les pommes de terre / le bouillon dans vos assiettes / vous n’en disiez rien / vos peurs à déranger / vos blessures à guérir. Conditions de vie, donc, mais aussi états d’âme, émotions, ressentis, sont évoqués, reconstituant le portrait de personnes disparues. Je reste longtemps / regarder mon arbre / ce qu’il a de feuilles / remue ensemble avec moi.

Cécile Guivarch, Vous êtes mes aïeux, Éditions Henry, 2013

18:05 Publié dans Chroniques