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21/10/2011

INCARNAT

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S’approcher jusqu’à perdre souffle

d’une matière vibratoire

la couleur est le cœur la trachée

là où respirer sous la touche du pinceau

affirme la volonté du toucher main tenue

la vie sous la couleur

entre les couches du collage

si près pour être aveugle

à la danse du Printemps voilée de lumière

nue d’être fleur présente à l’éclat du jour

apparaître naître

la femme lointaine révélée

au miroir fascinant de l’autre

si tu touches l’eau elle se referme

tu ne connais les fonds que pour t’y

perdre

et tu ne touches que la distance de l’autre.

 

Luce Guilbaud, Incarnat, Contres-allées / Poètes au potager, 2011, p. 14

09:32

04/10/2011

LES MOUETTES

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Ce soir les mouettes volent vers la mer

laissant le soleil aux lèvres de l’ombre

à l’est le ciel a pressé toutes ses couleurs

et deux nuages oranges suspendus dans le bleu

errent lentement vers la nuit

les mouettes descendent la vallée de l’estuaire

pressentant le point invisible où tout repose

des cris épars ayant étalé le silence

elles s’endormiront du côté de l’aube

 

Heather Dohollau, Un regard d’ambre, Folle avoine, 2008, p. 44

09:55 Publié dans La poésie des autres

19/09/2011

La proximité de la mer

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Brusquement la soirée s’est éclairée

Car c’est la pluie qui, minutieuse, arrose

La rue. Ou l’arrosait. Elle est la chose

Qui sans nul doute a lieu dans le passé.

 

Qui l’écoute tomber a retrouvé

Ce temps où, merveilleuse, se propose

La vision de la fleur appelée rose,

La couleur rouge et son étrangeté.

 

Cette pluie qui aveugle les fenêtres,

Dans des faubourgs perdus, doit mettre en fête

Les raisins noirs d’une treille en certain

 

Patio enfui. Et l’humide soirée,

Me rend mon père, sa voix, si désirée,

Sa voix qui n’est pas morte et qui revient.

 

 

Jorge Luis Borges, La proximité de la mer, nrf/Gallimard, 2010, p. 33

09:26 Publié dans La poésie des autres

31/08/2011

Sur l'épaule de l'ange

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Les hommes passaient

à côté d’elles sans les voir.

Modestement agenouillées

dans l’herbe tendre, les roses

étonnées se regardaient

sans comprendre.

 

 

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Les pensées étaient groupées

dans un coin du jardin,

comme si on avait voulu

les protéger du vent

et des hommes.

  

Alexandre Romanès, Sur l’épaule de l’ange, Gallimard, 2010, p. 51, 53

20:26 Publié dans La poésie des autres

20/07/2011

LES YEUX ASSIS SUR LA PLAGE

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ses lèvres sont des noix de cajou salées par

la mer ses yeux deux olives noires au goût

pimenté que j’apprécie en accompagnement

de son corps voué au vent marin aux digues

qui retiennent les eaux où plonger avec elle

ô ma femme littorale aux seins de vignes en

terrasse sur fond de canigou rêvé dans une

comptine apprise en maternelle ma femme

de migration d’oiseaux survolant les étangs

  

Romain Fustier, Les yeux assis sur la plage, Éd. De l’Atlantique, 2010, p. 29

21:25 Publié dans La poésie des autres

06/07/2011

HAUTE PLAGE

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Ils nous ont engrangés dans l’aurore

donné des ailes

pour traverser les jours


Ils nous ont indiqué l’espace des sittelles

et des aigles royaux

 

Notre héritage n’est pas forteresse

 

***


Autour de l’île, ma flottille

battait pavillon d’impatience


dans l’attente

des cargaisons promises


transportées lentement sur ces sentiers rebelles

habiles à dompter


l’incorrigible roc

 

***


Aussitôt dit

les soleils dénombrés

trouvaient une aire

où reposer leur course

 

Aussitôt faites

les ombres s’étiraient

volaient la sieste des soleils

 


Marie-Ange Sebasti, Haute plage, Jacques André éditeur, 2011, p. 7, 8, 12

20:04 Publié dans La poésie des autres

22/06/2011

histoire sans paroles

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prendre un papier de fortune

              un crayon de hasard

oublier le concret

oublier la main

entrer au profond de soi

 

tracer des signes sans message

écrire pour ne rien dire

simplement pour le désir

comme d’autres pour pleurer

            d’autres pour chanter

 

 

***

 

c’est une histoire sans paroles

comme un vol d’oiseau sur la mer

des souvenirs qui tracent

dans l’espace

des nuées illuminées

 

c’est une histoire sans paroles

comme neige sur la ville

le temps façonne à son gré

mais le cœur manie le ciseau

le bonheur est œuvre d’art

 

 

Andrée Marik, publiée dans Friches n°104, 2010, p. 20-21

20:14 Publié dans La poésie des autres

06/06/2011

DE SI PRÈS

Je parle de ce qui n’est plus, comme un désarroi trop grand, ce qui heurte le corps, sème la pluie des semences, la plaie est réceptacle de toute l’embarcation, dans mon flanc fourmille des mots ininterrompus, je parle de ce qui n’est plus, les amis inconnus, ceux dont l’arbre est nu, j’apprends les mots sans destination, les lettres jamais arrivées, le ventre empli d’un leurre d’écriture, je parle du silence et du chat dans la matière, la peau criblée de balles rouges et l’invention du plein, alors que nous ne faisons que combler le vide je parle du poids certain d’une trop grande présence et de la surface dans laquelle je baigne, de mon inaptitude à faire corps avec toi, qui que tu sois. Je parle de la pauvreté et de l’orgueil, du jugement et de la douleur, des cases où nous nous maintenons, de notre solitude, dans l’éloignement, de notre apparent contentement. Je te parle de si près.

 

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19:56

24/05/2011

PARENTHÈSES

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Bientôt les amis désertent

Le blanc entre parenthèses

Dans les sillons les corbeaux sèment

Les plantes de déshérence

Les rêves remuent les vêtements

Couverts de poussière

Toile rêche des champs où tombe

La paille

Toile cirée de la table où perle

L’avoine

Le lait monte sur le feu.

19:56 Publié dans La poésie des autres

10/05/2011

LES MOTS

Bien sûr, ce pourrait être autre chose. Comme ce nuage à portée de main, la route qui sillonne la forêt. Peu de chose, en somme. La maison et ses vieilles poutres, son bric-à-brac recouvert de poussière et de toiles d’araignées. A la fenêtre, le chat vient. Soleil matinal. Dans le bol, le thé fume, la cafetière crache sur le feu. C’est seulement le soir que viennent les mots, après l’orage. La pluie les a détrempés, ils viennent se coucher auprès du feu. Presque honteux d’avoir déserté aussi longtemps. Il n’a pas plu, mais les mots sont allés du côté de la pluie, là où le ciel est plombé d’un gris menaçant, en altitude, là où le vent souffle par rafales. Il leur fallait cela, vagabonder comme des chiens fugitifs, renifler le pas des promeneurs, les traces des renards, humer l’air humide. Se frotter à la bruyère, se rouler dans les ornières, grimper jusqu’au périphérique, puis redescendre. Alors, pourquoi se demander. Les mots. Ils mènent leur vie, voilà. Comme n’importe quel être. Comme le lilas de la cour, les jonquilles sauvages, l’écureuil au bord de la route. Ils sont. Nul besoin de chercher à les justifier.

 

 

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17:03 Publié dans La poésie des autres