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29/10/2013

CETTE PARCELLE INEPUISABLE

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Marie-Ange Sebasti nous offre un recueil pétillant et frais comme un verre de limonade. Pas de pesanteur dans ces textes, où l’enfance est convoquée à tous les étages. L’enfant du recueil, c’est le poème, celui qui pique de courtes mais violentes colères, qui trépigne d’impatience pour sortir. Un enfant turbulent qui démonte les lucarnes / et défie les étoiles / sans jamais grandir en sagesse. L’enfant, le poème, permet au regard de se perdre à l’horizon, de dialoguer avec les anges. Il est une invitation à un voyage aux quatre saisons des déserts ; les mots naviguent autour du monde, s’assoupissent au cours de longues escales, puis reviennent à quai, la peau hâlée. Marie-Ange Sebasti explore avec beaucoup de malice cette parcelle inépuisable qui permet une échappée belle, et de s’affranchir du gris des jours et des peurs du passé. Son recueil prend délibérément le parti du bonheur. J’exerce mes pinceaux / à rattraper la joie / sur la ligne de fuite. Retrouver son cœur d’enfant, c’est aussi ne pas se prendre au sérieux, conserver un brin de fantaisie et de légèreté. On ne se lasse pas de ces images où s’exerce l’imagination, ni de ces souvenirs du jardin du Palais-Royal où une nuée d’enfants migrateurs / virevoltait. Un beau recueil.

Marie-Ange Sebasti, Cette parcelle inépuisable, Jacques André éditeur, 2013

19:08 Publié dans Chroniques

02/10/2013

AU COEUR DE LA ROYA

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Monastère de Saorge. Crédit photo : Paul Silici

 

Françoise Siri a écrit ce recueil au cours d’une résidence d’écriture dans le monastère de Saorge, petit village médiéval à flanc de colline des Alpes maritimes, au cœur de la Roya. Les premiers textes s’attachent à dépeindre la montagne qui porte le village, la roche, le pavé italien, à les rendre vivants. Les images convoquent les sens pour doter de vie le paysage : sur le rocher la verte agreli a le goût acidulé de l’enfance. L’église et le cloître sont dépeints : partout des mains / Des mains offertes des mains ouvertes, des anges et une croix. Les murs du couvent sont ornés de fresques à moitié effacées, d’un gros médaillon tendre comme un biscuit / Rose guimauve et vert anis ; les fresques sont en lambeaux, la peinture, délavée, effacée par les âges ou par la main de l’homme. Les personnages de ces fresques sont défigurés et ici, c’est la souffrance qui perce, La fresque saigne blanc. Plus loin sont évoquées les veuves du village, et c’est la mémoire qui resurgit, celle d’avant la guerre, avec les scènes de bal où les filles dansaient pour trouver un mari. Au cœur de la Roya a la saveur des biscuits d’antan au goût délicat et tendre, friables comme les vestiges du passé.

 

Françoise Siri, Au cœur de la Roya, Éditions Henry, 2013

10:08 Publié dans Chroniques

30/08/2013

JOUR

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« Jour » se présente comme une succession de tableaux, fragments du point de vue ou du monologue intérieur d’un narrateur qui décrit ce qu’il voit, se souvient du passé, ou s’adresse intérieurement à la femme qui l’a quitté. C’est le même « Je » qui s’exprime, que ce soit pour évoquer un homme endormi sur le sol, la ville où se répand le bruit / sourd des quotidiens / mécaniques, ou pour revenir sur sa vie d’autrefois, sur le visage de la femme aimée, qui lui a échappé. La frontière entre le narrateur et les hommes sur lesquels il porte son regard est ténue, tant ils semblent aussi perdus, démunis et dénués de perspective les uns que les autres. Cette focalisation est un prétexte pour évoquer les corps empêchés, les vies frappés d’amnésie. Ce matin le ciel / ne s’ouvre pas / et la peur sourd / des murs. Pour le narrateur, l’ouverture, même sans issue, est dans le passé, sans cesse ressassé. Dans le souvenir des enfants d’Amérique des années trente dont les photographies ont hanté la vie d’écolier. « Jour », finalement, se termine par une échappée, sur le port où le vent fouette le visage. Je bois jusqu’à plus soif la lumière / du jour.

Jean-Jacques Marimbert, Jour, Éditions Les Carnets du dessert de lune, 2013

10:26 Publié dans Chroniques

29/06/2013

CETTE PARCELLE INÉPUISABLE

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Bientôt crépiteront

des mots déconcertants

sur la laine de mes tapis

 

Des appels impatients

ébranleront toutes mes portes

 

Des colères violentes

mais courtes voleront

au jardin son silence

 

Bientôt l’enfant de ma maison

après son long sommeil

 

m’éveillera

 

Marie-Ange Sebasti, Cette parcelle inépuisable. Jacques André éditeur, 2013

13:44 Publié dans La poésie des autres

14/06/2013

PASSANT L'ÉTÉ

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Ce soir les rires roulent sur la plage. On les entend tomber des gorges avant de s’évanouir. Ils ne ressortent pas mais leur écho traîne encore quelques secondes. Quelques secondes bien mûres pendant lesquelles la légèreté se répand sur les doigts. Quelques secondes trop juteuses. Quelques secondes que l’on dévore comme de petits matins sucrés. Et frais. Délicieusement fragiles.

La nuit est claire. Le feu crépite. La fumée nous pique les yeux. On est repu.

 

Jean-Baptiste Pedini, Passant l’été. Cheyne éditeur, 2012, p. 17

18:55 Publié dans La poésie des autres

26/05/2013

PLUS TARD, ENCORE

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peu à peu le monde

est venu sur les lèvres

venu des mots du dedans

venu des mots du dehors

les lèvres sont

lisières

                   clairières

orée de la forêt des mots

 

peu à peu le monde

est venu

         visage

et d’autres visages

(et le verbe embrasser

est revenu

                  du brasier du monde)

 

 

Michaël Glück, Plus tard, encore, pré # carré, décembre 2012

10:33 Publié dans La poésie des autres

21/04/2013

LE JASMIN, LA NEIGE, l'ENFANCE

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J’ai seulement des choses très simples

le soleil s’est découpé peu à peu comme

ma mère découpait le pain

nous mettons la soupe sur la table

(ces choses au-dehors qui tombent lentement,

le jasmin, la neige, l’enfance)

goût de piments rouges et de dents heureuses

nos corps nous tiennent encore chaud quelque temps

dans l’âge avancé de la nuit.

 

Lorand Gaspar, Sol absolu, Poésie/Gallimard, 2001, p. 62

10:54 Publié dans La poésie des autres

18/03/2013

PRINTEMPS

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Aquarelle de Tanguy Dohollau

21:52 Publié dans La poésie des autres

09/03/2013

BLEU PROFOND

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Rupture des chairs

Ici s’ancre un pays d’eau

Assouvie d’espace

 

Et j’aime le chant qui vient

Le long des jambes

A la rencontre

De la matière –

 

 

Entre les bras, une

Escapade

Un flot de lumière

Veilleuse de

Temps fragiles

 

*

 

Traverser le jour

En apnée

Se croire cormoran

Du haut de la falaise lancer sa vie

 

 

Au sein du noir

Se forger

Identité nouvelle

 

Les os craquent un peu

Il fait temps de saison

 

Je brûle de toi

 

 

Emmanuelle Le Cam, Bleu profond, Citadel Road Editions, 2007

19:03 Publié dans La poésie des autres

12/02/2013

NOUS NOUS ATTENDONS

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Elle glissait du fauteuil pour aller par terre

 

Poussière à respirer, à moitié de la laine

À moitié des petites miettes

 

Un tapis pour s’imaginer la chaleur

 

Il s’allonge très fort à côté d’elle

Sur le flanc

Puis sur le dos

Comme s’il y avait des étoiles par-dessus

 

Sous la table, en attendant toujours

 

Ariane Dreyfus, Nous nous attendons, Le Castor Astral, 2012, p. 67

13:33 Publié dans La poésie des autres