18.10.2009

ÉLOGE DE LA MOUETTE ROSÉE

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     La mouette ivoire est belle et c’est l’un des oiseaux les plus coriaces du monde. Elle ne vit pas dans une tour d’ivoire. À moins que, pour vous, les portes infernales de l’Arctique ne soient une tour d’ivoire.

 

    Il y a aussi la mouette rieuse. Oh, comme elle rit. C’est la folle criarde des mers. Elle niche dans le crâne d’un fantôme.

 

    Mais la mouette rosée, elle, est au-delà de toute parole humaine. Elle a la tête et la poitrine blanches, doucement teintées de rose, et c’est l’un des oiseaux mystiques du monde. Rares, très rares sont les ornithologues qui l’ont aperçue vivante.

 

    J’aime toutes les mouettes, mais la mouette rosée est celle qui m’habite à jamais. Parfois, quand ma voix s’élève, ample et claire, je la vois. J’aimerais que d’autres la voient aussi. Certains refusent carrément de croire qu’elle existe.

 

 

Kenneth White, Un monde ouvert, Poésie/Gallimard, 2007, p. 119

06.10.2009

PENARTH BEACH

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ces enfants là-bas qui jouent

sous les yeux de leur mère

et cherchent dans les galets celui

qui portera signe : le talisman rompu

dont la blessure respire

et gardera l’ouvert pendant l’écart d’une vie

 

ils sont à la fracture du jour

où la lumière veille     la mer a ses marques

qui ont douceur de seuil et l’entrée est là

où l’amour se tient

dans la brillance de l’air

en cet aujourd’hui

 

 

Heather Dohollau, Une suite de matins, Folle avoine, 2005, p. 11

23.09.2009

À LA LUEUR DE TES DOIGTS

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Un autre soir

quelque chose tremblait

ne disait mot

la mémoire vide

de tonnes de mer

moulues dans le noir

rugissement emmuré

le froid des draps

et personne n’entend

le nageur qui rame

muet de couleurs

dans l’eau ouverte

nage sans mémoire –

 

 

 

 

Tu pousses les mots à la lueur de tes doigts.

 

 

 

 

Lorand Gaspard, Égée Judée, Poésie/Gallimard, 2004, p. 157