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20/04/2015

CHUT

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montagnes

soleil de fin de route

bien arrivés

 

Au téléphone tu dis

 

je suis malade

 

trois mots

trois tonnes d’argile

sans émail

 

Moi l’oiseau rieur

le bec le cœur

en une seconde

 

cloués

 

 

Estelle Fenzy, Chut (le monstre dort). La Part commune, 2015

09:38 Publié dans La poésie des autres

21/01/2015

VÊTUE DE VENT

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« Vêtue de vent ». À la fois le féminin et la liberté. Le sacré aussi. Geneviève Vidal parle d’elle, mais son « je » est universel, il parle de toutes les femmes dans le monde, celles que leur condition a entravées, ligotées, martyrisées. « S’évader, Rêver ». Sortir de la prison. Le désir de liberté est très fort chez Geneviève Vidal, elle qui, passionnée de voyages, a soif de grands espaces. Ces grands espaces que l’on trouve aussi à l’intérieur de soi. « Ici lié à là-bas / Loin s’approche / en vagues égales ». Ainsi, les distances s’amenuisent. Malgré les « périls », malgré les « accrocs », ce qui prédomine est la quête d’une beauté que rien ne vient troubler dans sa plénitude. « Ce BLEU je veux en parler / Pin sombre qui encore s’allonge vers le ciel / J’aspire à la tranquillité de son faîte / à boire comme lui les rais du soleil ». Car sur l’autre versant de la beauté se trouvent la cruauté, la « décomposition des chairs », « le vagabond laissé pour mort » ; les balles sifflent, la haine sévit... Geneviève Vidal le sait. Sa conscience de la cruauté du monde la pousse à chercher plus loin le sens du poème. Tout est enfantement, le poème est un accouchement, en même temps qu’une naissance à soi : « es-tu la mère ou l’enfant ». L’art, les divinités, sont conviés jusque dans cette « nuit balinaise » où les dieux et les démons s’affrontent.

« Grondement du volcan / gueule du monstre Barong / déversant les flammes // Ondulation des danseuses / Voir par les yeux du serpent // Tresser les souffles pour conjurer la peur // S’enroulent les anneaux du temps ».

 

Geneviève Vidal, Vêtue de vent, Jacques André éditeur, 2014

15:29 Publié dans Chroniques

16/01/2015

Un dessin de Tanguy Dohollau (janvier 2015)

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09:26

15/12/2014

LUNDI

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Je grise

Je froide

Je crève

 

En haut c'est pas matin

C'est rien

Qu'après la nuit

 

Les voix qui m'appellent

Me cherchent dans mon puits

Se taisent

Font "chut"

 

En haut c'est rien

L'odeur de tabac froid

Dans le drap et ses plis

 

Presque plus

Rien qu'un chuchotement

 

À peine

 

Je sors

 

Valérie Harkness, Lundi, Editions Henry, 2014

 

13:26 Publié dans La poésie des autres

26/10/2014

JOURS ET AJOURS

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Avec la clarté grise de la fenêtre, vient le jour, ce silence étale, le lever et la tache blanche, brillante sur ton bras qui fait peau être à nouveau et coeur et pupille.

L'eau calme du jour.

*

Très grand calme sur ce jour où n'a pointé le soleil que tardivement dans la matinée.

Calme et grand silence.

Oeil neuf aussi, retour à l'amour simple.

Un jour qui fait suite à la mue, au dégagement de la gangue.

Je suis papillon sur l'arête veloutée de ma vie.

 

Georges Chich, Jours et ajours suivis de autres poèmes. Jacques André éditeur, 2014

16:10 Publié dans La poésie des autres

09/10/2014

MURAILLE DE CHINE

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nommer

ce qui approche

battement de cils

chamade du cœur

une force naît

surgit

elle

voudrait renverser

des montagnes

 

Valérie Canat de Chizy / pré # carré / Octobre 2014 / 6€ port compris

11:04 Publié dans Recueils parus

23/08/2014

CHANTS D'UN OISEAU DE NUIT

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Le recueil commence par des considérations sur le quotidien : Descendre l’escalier, / Sortir les chats, / Rentrer les chats, / Donner à manger aux chats, par une critique de l’américanisation et de l’argent fou. Très vite, le rêve supplante le réel, non pas le rêve américain, mais L’épisode unique / D’un feuilleton / Qui se réécrit / Souvent. Rêver au passé. Instants saisis au vol. Alain Crozier déroule le film de sa jeunesse. C’est une gare désaffectée, un mercredi de pluie continue, un repas de noël… Mais le vrai rêve survient au milieu du recueil quand les filles connues, croisées, aimées refont surface. Pour Alain Crozier, Il faut toujours renier le futur, / Il faut toujours revivre le passé, / Il faut toujours essayer tout ça. // Refuser la fatalité, / Recommencer les bons moments, / L’ère antérieure à un air… Puis, rêver aux rencontres possibles, fantasmées. Rêves de puissance et de séduction. Ce sont sans doute ces deux parties qui sont les plus intéressantes, les plus envoûtantes. Le rêve est donc ici un contrepoids au réel, au présent. Alain Crozier semble nostalgique de l’époque où il découvrait les Doors et vibrait aux chansons de Morrison. Ses Chants d’un oiseau de nuit sont un petit concert nocturne à écouter…

Alain Crozier, Chants d’un oiseau de nuit, Jaques André éditeur, 2014

20:09 Publié dans Chroniques

11/07/2014

D'ÊTRE LE COEUR OUVERT

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d'être le coeur ouvert

comme un bleuet

 

des mains étirent la chair

 

champs de coquelicots

vieilles pierres

 

forment une césure

la gorge rétrécit.

 

*

 

partir fuir

à l'ombre

des châtaigniers

dialoguer avec les pierres

tenir à distance les meutes

aux abois

visages déchirés qui se superposent

forment des taches sombres.

 

*

 

où est l'amour

les corps se heurtent

dans la pupille des chats

je vois la clarté jaune

du soleil la tendresse

du pain.

 

Extraits publiés dans Saraswati n°13 (mai 2014)

10:57 Publié dans La poésie des autres

28/06/2014

QUI SOUS LE BLANC SE TAIT

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plus dense que tu ne crois

la pierre porte la brûlure

vers le lieu exact touchant l'étoffe

 

non pas vers un point rouge tendu

par-dessus la faille

 

mais dans l'indéchiffrable

à l'arrière des yeux

dans l'odeur naissante du soir

 

n'oublie pas que sous les paupières

il faut mordre la nuit

 

qui sous le blanc se tait

 

Erwann Rougé, qui sous le blanc se tait, Editions Potentille, 2013

11:38 Publié dans La poésie des autres

17/05/2014

UNE LECON DE SÈVE

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Une leçon de sève a obtenu le prix des Trouvères 2011. Jean-Christophe Ribeyre est un poète discret, qui semble préférer l’imprégnation de la nature à l’exposition de soi. Dans ce recueil, l’orage, la grêle, évoquent le saccage, tout comme les aléas de la vie peuvent saccager un être. Ces êtres cousus de silence qui se fondent dans l’ombre des jardins, dont l’inquiétude va de pair avec une beauté peureuse, et que l’on ne remarque pas tant ils sont discrets. Il faut alors baisser la voix car ces hommes n’irradient pas à la lumière, ils purgent leur peine dans le gel. Le jardin cette nuit s’est voilé / d’une trop grande / montée d’énigme. Quelque chose vient, le printemps, il faut alors puiser aux réserves limpides. Jean-Christophe Ribeyre sait évoquer la difficulté d’une lente mutation. Comment passer de la douleur et de l’anéantissement à un état plus harmonieux, alors que tout semble tellement figé ; par quelle pierre passer pour traverser le ruisseau ? La grêle arrive, frappant au / cœur, directement / au cœurC’est en nous / ce qui meurt, / ce qui lapide au loin / emportant la lumière. Or, soudainement, la vie jaillit, les abeilles, la lavande, les papillons se soulèvent, dans un éblouissement, la joie éclate silencieuse / comme un champ de tournesols. C’est un beau recueil que cette « leçon de sève », qui nous incite à écouter au plus près la fragilité des êtres et des choses.

Jean-Christophe Ribeyre, Une leçon de sève, Éditions Henry, 2011

14:17 Publié dans Chroniques