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22/08/2016

NOUS VIVONS COMME LES FEUILLES

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Nous vivons comme les feuilles

avec un peu d'été dans les poches

et le sucre de l'automne sur la langue

Devant les yeux fermés

La guerre ressemble aux feuilles brunes

La mort de loin a parfois

dit-on de belles couleurs

Sur des bogues s'empalent

des abeilles sans courage

La ville froide écaille le lait

jasmin de ses vitres

 

*

 

Il y avait des hommes

qui prenaient soin des bêtes

moins pour leur force et leur sang

que pour leur présence

leur regard qui met en ordre le monde

et la grande paix de leurs pas

 

 

Laurent Faugeras, Deux visages de la même eau, Les éd. du Contentieux, 2016

09:04 Publié dans La poésie des autres

18/07/2016

BOIS DE PEU DE POIDS

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tu as la peau / visage dans ton cou /

qui sent le sel / souffle-t-elle /

cette mer à laquelle tu te relies /

ayant nagé / brassé avant midi en elle

 

que tu portes ainsi telle une eau

de toilette / un littoral que ton amour

 

décèle en promenant ses lèvres sur toi /

 

retrouvant un peu de sa force / violence

d'avancées des flots sur les salins

qu'est devenu ton corps si léger /

épiderme à la surface de sa bouche

 

par magie qui fait cesser les tempêtes /

te recueille sur sa langue / en sachet

 

de fleur de sel envoûtant sa baignade

 

Romain Fustier, Bois de peu de poids : été - automne. Lanskine, 2016

09:43 Publié dans La poésie des autres

07/01/2016

ÉLÉGIES POUR LE TEMPS DE VIVRE

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Tu m’as reçu comme le jour reçoit
les premières rumeurs de l’aube,
tu m’as dit que derrière le soleil
des poèmes prenaient racine, tu
m’as parlé d’oiseaux perdus,
de fleurs inapaisées, tu m’as dit
qu’une source jouait dans les replis
de ta mémoire – et je t’ai cru,

je t’ai suivi sous la neige qui
venait de tomber sur le jardin muet,
je me suis serré contre toi, sans
crainte, sans efforts, avec le souvenir
d’étreintes passées qui m’avaient
tant charmé, je suis entré en toi,
tu m’as reçu comme la nuit
reçoit le frisson des étoiles, comme
le silence appelle le silence jusqu’aux
frontières de l’échange, comme
tout se résout dans ce qui nous attend.

Richard Rognet, Élégies pour le temps de vivre, Poésie/Gallimard, 2015

09:40 Publié dans La poésie des autres

12/10/2015

J'ERRE SANS ATTACHE SUR LA VOIE

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De quelle nuit es-tu venue ?

De quel jour ?  Soudain tu es

Au cœur de tout. Les lilas

Ont frémi ; le mot est dit.

Tout prend sens, tout se découvre

Don. Dès lors, tout se transmue :

Le ciel-terre en chair aimante,

En ondes sans fin les instants.

 

*

 

J’erre sans attache sur la Voie,

En plein cœur de la lente chute

        des feuilles et des étoiles ;

Au lointain appel d’une voix,

Je me retourne et je vois

        le visage et le regard.

 

L’automne mûr détient encore

Tout l’or secret du royaume,

        par-delà flammes et larmes ;

Du fond de la frondaison,

Un chant trace la sente qui mène

        à l’inapaisable fontaine.

 

 

François Cheng, La vraie gloire est ici. Gallimard, 2015

09:32 Publié dans La poésie des autres

07/07/2015

MÈRE OU L'AUTRE

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l’enfant nu sort d’une prison de chair

sa liberté garde un œil derrière le front

il regarde en arrière

c’est moi qu’il voit vraie mère ou mère fictive

si je protège   je fais écran   (j’empêche aussi)

 

 

parce qu’elle a creusé en toi ce manque inguérissable

elle sera toujours là comme un fantôme te tirant vers le noir

 

 

quel amour faudra-t-il pour te guérir  de l’absence originelle ?

 

 

Luce Guilbaud, Mère ou l’autre, Tarabuste, 2014

 

09:40 Publié dans La poésie des autres

04/06/2015

LA RETENUE

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soustraire

au temps, au regard, à la lumière

au jour déjà commencé,

qui devra prendre date

aux mots écrits pour ce jour-là.

à la lumière

soustraire au cours du fleuve, au temps,

ce qu’il charrie,

ne pas le regarder couler,

s’enfouir sous le vert gazon qui borde ses rêves.

soustraire au sens ma propre voix, le monde à mes yeux

ce matin.

au temps, au regard, à la lumière.

il n’y aura pas de libération glorieuse,

puisque la contrainte est lâche.

un refuge n’est pas le mot qui convient, mais

« gangue ».

 

Lucie Taïeb, La retenue, Lanskine, 2015

 

13:09 Publié dans La poésie des autres

20/04/2015

CHUT

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montagnes

soleil de fin de route

bien arrivés

 

Au téléphone tu dis

 

je suis malade

 

trois mots

trois tonnes d’argile

sans émail

 

Moi l’oiseau rieur

le bec le cœur

en une seconde

 

cloués

 

 

Estelle Fenzy, Chut (le monstre dort). La Part commune, 2015

09:38 Publié dans La poésie des autres

15/12/2014

LUNDI

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Je grise

Je froide

Je crève

 

En haut c'est pas matin

C'est rien

Qu'après la nuit

 

Les voix qui m'appellent

Me cherchent dans mon puits

Se taisent

Font "chut"

 

En haut c'est rien

L'odeur de tabac froid

Dans le drap et ses plis

 

Presque plus

Rien qu'un chuchotement

 

À peine

 

Je sors

 

Valérie Harkness, Lundi, Editions Henry, 2014

 

13:26 Publié dans La poésie des autres

26/10/2014

JOURS ET AJOURS

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Avec la clarté grise de la fenêtre, vient le jour, ce silence étale, le lever et la tache blanche, brillante sur ton bras qui fait peau être à nouveau et coeur et pupille.

L'eau calme du jour.

*

Très grand calme sur ce jour où n'a pointé le soleil que tardivement dans la matinée.

Calme et grand silence.

Oeil neuf aussi, retour à l'amour simple.

Un jour qui fait suite à la mue, au dégagement de la gangue.

Je suis papillon sur l'arête veloutée de ma vie.

 

Georges Chich, Jours et ajours suivis de autres poèmes. Jacques André éditeur, 2014

16:10 Publié dans La poésie des autres

11/07/2014

D'ÊTRE LE COEUR OUVERT

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d'être le coeur ouvert

comme un bleuet

 

des mains étirent la chair

 

champs de coquelicots

vieilles pierres

 

forment une césure

la gorge rétrécit.

 

*

 

partir fuir

à l'ombre

des châtaigniers

dialoguer avec les pierres

tenir à distance les meutes

aux abois

visages déchirés qui se superposent

forment des taches sombres.

 

*

 

où est l'amour

les corps se heurtent

dans la pupille des chats

je vois la clarté jaune

du soleil la tendresse

du pain.

 

Extraits publiés dans Saraswati n°13 (mai 2014)

10:57 Publié dans La poésie des autres