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19/10/2010

COMBIEN DE NOMS

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je marche autour de ces pierres

je les parle avec mes mains

pour nous rejoindre en un temps

où elles sortiront de nous

comme nous dans notre sommeil

peu à peu nous sortons d’elles

en nous approchant d’ensemble

elles sont du temps qui se tient

debout qui semble immobile

mais elles bougent elles sont déjà

dans nos mouvements chaque pas

se double d’invisible

notre portrait

en forme de chemin

 

Henri Meschonnic, Combien de noms, L’improviste, 1999, p. 49

17:02 Publié dans La poésie des autres

02/10/2010

NIERIKA

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Le miroir

creuse un trou à

l’intérieur des

pierres

 

Et tourne

dans les quatre

fleurs de la rivière

immortelle

 

Lumière dressée sur son pied

qui désigne le chemin noir des

abeilles

 

Puis autre miroir

qui donne la réponse à la

question aveuglée

 

Transmets

le silence qui mange

le reflet de la cigale

 

Mon frère est en

bas dans le ciel

 

Mon frère est en

haut dans le feu

 

 

Serge Pey, Nierika : chants de vision de la contre-montagne, Maison de la poésie Rhône-Alpes, 2007, p. 138

16:04 Publié dans La poésie des autres

17/09/2010

MATIÈRE DE LUMIÈRE

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Ici parlait l’indicible

Je vivais dans un corps dédoublé

La mer derrière le verger

S’ouvrait comme une fenêtre

Sur le ciel des chemins

 

L’île est une langue

Porteuse précaire du possible

Dans ses limites abruptes et douces

Des trèfles de l’improbable

Je comptais les feuilles de bonheur

 

Les mots venaient du vent

Par les creux des arbres

Entre les pierres

De la traversée

D’une chair de silence

 

 

 

Heather Dohollau, Matière de lumière, Folle avoine, 1985

15:32 Publié dans La poésie des autres

03/09/2010

UN MONDE OUVERT

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Mais quand je marche seul

sur les rochers ou les prés marins

c’est le silence qui s’illumine

et je ne pense ni à la culture

ni même à la subsistance

il n’est question

que d’aller plus loin au-dehors

toujours plus loin au-dehors

vers l’extrême ligne de lumière.

 

Kenneth White, Un monde ouvert, Poésie/Gallimard, 2007, p. 140

17:32 Publié dans La poésie des autres

30/07/2010

HYDRA

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Dauphins, drapeaux, coups de canons.

La mer, si rude jadis à ton âme

Portait les navires multicolores, étincelants.

Se creusant, les balançant, toute bleue avec des ailes blanches.

La mer si rude jadis à ton âme

Et maintenant pleine de couleurs sous le soleil.

 

Voiles blanches, lumière, et les rames humides

Frappant comme sur un tambour une vague apaisée.

 

 

Georges Séféris, Poèmes 1933-1955, Poésie/Gallimard, 2009, p. 32

14:33 Publié dans La poésie des autres

16/07/2010

PREMIÈREMENT

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Je te l’ai dit pour les nuages

Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer

Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles

Pour les cailloux du bruit

Pour les mains familières

Pour l’œil qui devient visage ou paysage

Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur

Pour toute la nuit bue

Pour la grille des routes

Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert

Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles

Toute caresse toute confiance se survivent.

 

Paul Éluard, J’ai un visage pour être aimé : choix de poèmes 1914-1951, 2009, p. 103

13:43 Publié dans La poésie des autres

01/07/2010

JARDIN DUNE

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l’été

 

la lumière sur les volets blancs

la lavande

 

tout est sec

 

la mince couche de terre

retourne sable

gris comme sel

 

 

Antoine Émaz, De l’air, L’idée bleue, 2006, p. 102

12:19 Publié dans La poésie des autres

21/06/2010

WUTHERING HEIGHTS

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The horizons ring me like faggots,

Tilted and disparate, and always unstable.

Touched by a match, they might warm me,

And their fine lines singe

The air to orange

Before the distances they pin evaporate,

Weighting the pale sky with a solider colour.

But they only dissolve and dissolve

Like a series of promises, as I step forward.

 

 

Les horizons m’encerclent comme des fagots

Qui penchent, disparates, et pour toujours instables.

Il suffirait d’une allumette pour qu’ils me réchauffent

Et que leurs lignes fines

Rougissent l’air

Lestant le ciel pâle d’une couleur plus sûre,

Avant que les lointains qu’elles fixent ne s’évaporent.

Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre

Comme une succession de promesses, à mesure que j’avance.

 

 

Sylvia Plath, Arbres d’hiver, précédé de La Traversée, Poésie/Gallimard, Édition bilingue, 2008, p. 30-31

07:39 Publié dans La poésie des autres

24/05/2010

À L'ORIENT DE TOUT

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À l’orient de tout, là où se souvient

La mer, l’orage a dispersé écailles

Des dragons, carapaces des tortues

Nous nous prosternons vers le pur silence

Régnant par-delà la terre exilée

À l’heure du soir, à l’orient de tout

 

Où se lève le vent de l’unique mémoire

 

 

François Cheng, À l’orient de tout, Poésie/Gallimard, 2005, p. 290

21:09 Publié dans La poésie des autres

10/05/2010

SAUVE

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je te porte

comme une peau

 

 

je te tiens

comme une joie

qui s’est perdue

 

 

tu me fais lourd

et tu me fais belle

 

 

tu me fais deux

 

 

 

Valérie Harkness, Sauve, Polder n°146, avril 2010

 

Sur ce sujet, voir aussi le blog d’Yves Artufel : http://grostextes.over-blog.com/

21:41 Publié dans La poésie des autres