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18/12/2009

LES RUINES DU CIEL

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     Le soleil est le grand maître. J’ai vu ce matin un de ses chefs-d’œuvre – une bouteille vide sur la pente herbeuse devant la gare. Il y avait dans cette scène une vie explosive et des verts admirables. La lumière sainte partout vibrait, du brin d’herbe au goulot vert émeraude et à l’étiquette blanc et or tournée vers le ciel illettré.

 

     J’essaie avec des mots de peindre cette lumière qui vient d’entrer par la fenêtre et s’est plantée dans la peau rosée de la poire. Je n’y arrive pas et cet échec n’est pas sans gaieté – comme de perdre au jeu contre un ami.

 

 

Christian Bobin, Les ruines du ciel, nfr/Gallimard, 2009, p. 130

13:37 Publié dans La poésie des autres

03/12/2009

UNE SAISON DE NEIGE AVEC THÉ

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Voici la biche bleuissant

penchée sur tes sommeils d’hiver

là où il fait sombre

comme un œil protégé

par la main du silence

regarde le charroi du temps

C’est une saison de neige et de lumière

tu dresses un corps qui te ressemble

sur la pierre de blancheur

dans la hanche sacrificielle

Tu veux.

 

Dans tes doigts le thé

ramène l’eau des rives

ritualise le monde

rassure la béance

Tu bois le thé

et la neige

sur le beau sein du vide

retourne la parole

 

 

Claudine Bohi, Une saison de neige avec thé, Le dé bleu / L’idée bleue, 2004, p. 40

01:28 Publié dans La poésie des autres

13/11/2009

LE CHANT

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     Le chant

     Comme une prière

     De l’horizon.

 

     *

 

     Un chant peut s’éteindre

     Comme un arbre s’éteint,

 

     Mais le chant continue

     Comme dure la forêt.

 

     *

 

     Dans le soleil

     Le chant

     Incorpore de la nuit.

 

 

Guillevic, Art poétique, précédé de Paroi et suivi de Le Chant, Poésie/Gallimard, 2005, p. 341, 342, 357

13:04 Publié dans La poésie des autres

30/10/2009

EXIL

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Étoile de l’aube, quand tu baissais les yeux

Nos heures étaient plus douces que l’huile

Sur la plaie, plus légères que l’eau fraîche

Au palais, plus placides que le duvet du cygne.

Tu tenais notre vie dans ta paume.

Après le pain amer de l’exil,

Si nous demeurons la nuit devant le mur blanc

Ta voix nous parvient comme l’espoir d’une flamme ;

Et ce vent de nouveau

Aiguise sa lame sur nos nerfs.

 

 

Georges Séféris, Poèmes 1933-1955, Poésie/Gallimard, 2009, p. 27

16:04 Publié dans La poésie des autres

18/10/2009

ÉLOGE DE LA MOUETTE ROSÉE

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     La mouette ivoire est belle et c’est l’un des oiseaux les plus coriaces du monde. Elle ne vit pas dans une tour d’ivoire. À moins que, pour vous, les portes infernales de l’Arctique ne soient une tour d’ivoire.

 

    Il y a aussi la mouette rieuse. Oh, comme elle rit. C’est la folle criarde des mers. Elle niche dans le crâne d’un fantôme.

 

    Mais la mouette rosée, elle, est au-delà de toute parole humaine. Elle a la tête et la poitrine blanches, doucement teintées de rose, et c’est l’un des oiseaux mystiques du monde. Rares, très rares sont les ornithologues qui l’ont aperçue vivante.

 

    J’aime toutes les mouettes, mais la mouette rosée est celle qui m’habite à jamais. Parfois, quand ma voix s’élève, ample et claire, je la vois. J’aimerais que d’autres la voient aussi. Certains refusent carrément de croire qu’elle existe.

 

 

Kenneth White, Un monde ouvert, Poésie/Gallimard, 2007, p. 119

10:03 Publié dans La poésie des autres

06/10/2009

PENARTH BEACH

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ces enfants là-bas qui jouent

sous les yeux de leur mère

et cherchent dans les galets celui

qui portera signe : le talisman rompu

dont la blessure respire

et gardera l’ouvert pendant l’écart d’une vie

 

ils sont à la fracture du jour

où la lumière veille     la mer a ses marques

qui ont douceur de seuil et l’entrée est là

où l’amour se tient

dans la brillance de l’air

en cet aujourd’hui

 

 

Heather Dohollau, Une suite de matins, Folle avoine, 2005, p. 11

16:26 Publié dans La poésie des autres

23/09/2009

À LA LUEUR DE TES DOIGTS

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Un autre soir

quelque chose tremblait

ne disait mot

la mémoire vide

de tonnes de mer

moulues dans le noir

rugissement emmuré

le froid des draps

et personne n’entend

le nageur qui rame

muet de couleurs

dans l’eau ouverte

nage sans mémoire –

 

 

 

 

Tu pousses les mots à la lueur de tes doigts.

 

 

 

 

Lorand Gaspard, Égée Judée, Poésie/Gallimard, 2004, p. 157

21:33 Publié dans La poésie des autres

11/09/2009

POSSIBLES FUTURS

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Je fore,

Je creuse.

 

Je fore

Dans le silence

 

Ou plutôt

Dans du silence,

 

Celui qu’en moi

Je fais.

 

Et je fore, je creuse

Vers plus de silence,

 

Vers le grand,

Le total silence en ma vie

 

Où le monde, je l’espère,

Me révélera quelque chose de lui.

 

 

Guillevic, Possibles futurs, Poésie/Gallimard, 2007, p. 165

19:06 Publié dans La poésie des autres

04/09/2009

AU BORD DES NUAGES

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Je voudrais vous parler loin, longtemps, avec des mots qui ne seraient pas seulement des mots, mais qui conduiraient jusqu’au ciel, jusqu’à l’espace, jusqu’à la mer.

 

J’entends ce langage, cette musique, ils ne sont pas étrangers, ils vibrent autour, ils brillent autour, sur les rochers blancs et sur la mer, ils brillent au centre des villes, même dans les yeux des passants.

 

Comment parler ? Les mots de cette musique viennent d’un pays où le langage n’existe pas, où le langage est scellé, enfermé en lui-même, est devenu comme la lumière, visible seulement de l’extérieur. J’attends le moment, j’attends le moyen. Cela va venir, cela arrive déjà, peut-être. Au bord des nuages, comme sur une dune de sable, un petit garçon inconnu est assis, et regarde à travers l’espace.

 

 

J. M. G. Le Clézio, L’inconnu sur la terre, Gallimard/L’imaginaire, 1999, p. 9

15:41 Publié dans La poésie des autres

26/07/2009

DOUBLURE

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Voir

sous le vent

tirer le temps à soi

et les

autres choses

 

Les mains se fourrant dans leurs poches

en tas

des choses

des bruits de jours

 

 

Valérie Harkness, Doublure, Polder n°139, 2008, p. 13

21:00 Publié dans La poésie des autres