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10/05/2011

LES MOTS

Bien sûr, ce pourrait être autre chose. Comme ce nuage à portée de main, la route qui sillonne la forêt. Peu de chose, en somme. La maison et ses vieilles poutres, son bric-à-brac recouvert de poussière et de toiles d’araignées. A la fenêtre, le chat vient. Soleil matinal. Dans le bol, le thé fume, la cafetière crache sur le feu. C’est seulement le soir que viennent les mots, après l’orage. La pluie les a détrempés, ils viennent se coucher auprès du feu. Presque honteux d’avoir déserté aussi longtemps. Il n’a pas plu, mais les mots sont allés du côté de la pluie, là où le ciel est plombé d’un gris menaçant, en altitude, là où le vent souffle par rafales. Il leur fallait cela, vagabonder comme des chiens fugitifs, renifler le pas des promeneurs, les traces des renards, humer l’air humide. Se frotter à la bruyère, se rouler dans les ornières, grimper jusqu’au périphérique, puis redescendre. Alors, pourquoi se demander. Les mots. Ils mènent leur vie, voilà. Comme n’importe quel être. Comme le lilas de la cour, les jonquilles sauvages, l’écureuil au bord de la route. Ils sont. Nul besoin de chercher à les justifier.

 

 

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17:03 Publié dans La poésie des autres

13/04/2011

PRÉSENCE

Au funérarium

Déjà à travers

La porte

Je savais

Que tu étais là,

Que l’on t’avait

Amené

Dans la pièce

Jouxtant la salle

Sur un chariot

Recouvert d’un drap ;

Avant même

De t’avoir vu

Je vibrais

De ta présence.

 

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20:35 Publié dans La poésie des autres

10/04/2011

IL NE PLEUT PAS

Il ne pleut pas

Mais la pluie

Recouvre les cœurs

Et le corps

Dans la lumière

Crue

Des néons

Nuit et jour

La poitrine

Se soulève

Mes paroles

Se perdent

Dans le couloir

Je caresse

Son bras meurtri

Je lui chuchote

Des mots

Qui se perdent.

 

***

 

J’ai mal de te voir

De ne pouvoir

Te parler et

T’entendre me répondre

J’ai mal de ta nudité

Des tuyaux

Où coule du liquide

De toi

J’ai mal de tes

Meurtrissures

Du silence où tu baignes

Ce no man’s land

Où tu es.

 

***

 

Maintenant Papa

Malgré le soleil

Tu es si blanc

Ta peau a pris

Une couleur ivoire,

Si triste

Dans ton linceul

Il émane de toi

Une lumière pâle

Comme une nuée

Froide si froide

Que mon cœur

Fond et que je

Voudrais

Te prendre

Dans mes bras.

18:09 Publié dans La poésie des autres

09/04/2011

L'ATTENTE

L’attente

Au plus près

Des tuyaux

Branchés

L’air rentre

Par la bouche

La poitrine

Se soulève

Il y a du

Liquide

Dans des

Poches

Plastique.

 

***

 

L’écran affiche

Des courbes

Des chiffres

De couleur

Rien n’a changé

Dans la chambre

Les mains

Gonflent

Le visage s’affaisse

Un peu plus

Les yeux sont fermés

Le respirateur

Soulève

La poitrine.

 

***

 

Papa est loin

Les médecins

Nous disent

Il faut attendre

Les scanners

Montrent des lésions

Le cervelet

Est atteint

Un tuyau écoule

Le liquide

Papa

Ne bouge

Plus

Depuis

Plusieurs jours.

 

[…]

 

21:01 Publié dans La poésie des autres

02/04/2011

DE TOUS LES MOTS

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De tous les mots

C’est lui le soleil

 

 

Mais alors les bras sont assez grands

Ouverts

 

 

***

 

 

Attendre

Dans le poème sans dire un mot

 

 

Trop simple d’appeler

Mais nécessaire

 

 

***

 

 

Arrivant elle est partout

D’être aussi blanche que bougeant

 

 

Surface dispersée toujours une

Aucune page à tourner

 

 

 

Ariane Dreyfus, La terre voudrait recommencer, Flammarion, 2010, p. 45, 47, 60

09:45 Publié dans La poésie des autres

11/03/2011

LE COMÉDIEN

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Dans son rire

écarlate

faisant pommes ses joues

rouges

je vois la tendresse

plissée dans ses yeux

aux racines nourries

de blessures intérieures

Et quand le voile grave tombe sur son visage

je ne suis pas étonné

 

Guy Chaty, Mes navires, Éditions de l’Atlantique, 2010, p. 21

18:47 Publié dans La poésie des autres

18/02/2011

MÉMOIRE

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Garde ta mauvaise mémoire. Elle a sa raison d’être, sans doute.

 

*

 

Garde intacte ta faiblesse. Ne cherche pas à acquérir des forces, de celles surtout qui ne sont pas pour toi, qui ne te sont pas destinées, dont la nature te préservait, te préparant à autre chose.

 

*

 

Faute de soleil, sache mûrir dans la glace.

 

 

Henri Michaux, Poteaux d’angle, Poésie/Gallimard, 2007, p. 10, 13

07:35 Publié dans La poésie des autres

22/01/2011

VIENT DE PARAÎTRE : "PIERRE NOIRE"

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21:29 Publié dans La poésie des autres

13/01/2011

TRAITÉ DU SILENCE

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La maison du silence est une maison de vent. Les portes en sont transparentes, comme l’air quand il oscille dans la chaleur. Les fenêtres se ferment à toute parole et ainsi, de la musique du temps, on ne perçoit qu’un écho lointain et peut-être déformé.

 

Au jour, le toit en est fait des cris des oiseaux de haut vol. Quand vient la nuit, il est alors fait du flot des nuées et de l’orage qu’elles portent bientôt.

 

La maison du silence est cette ancienne demeure où la pluie est souriante et le soleil attentif.

 

Michel Thion, Traité du silence, Voix d’encre, 2004

10:44 Publié dans La poésie des autres

10/12/2010

LA CHAIR DES JOURS

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Nuit

immense nuit

portée par les oiseaux

jusque dans le calice des fleurs

L’herbe a blanchi

comme s’il avait neigé

Qui est-il celui qui marche

avec des ailes brûlées de lune

Le peintre avec sa toile

un funambule

un poète

Il habite la rosée

dans le monde nouveau

en train de naître.

 

Annie Briet, La Chair des jours, SOC & FOC, 2009, p. 6

16:31 Publié dans La poésie des autres