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01/11/2010

LA GOMME COULEUR CENDRE

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Je suis le cheval tout couvert de guerres

                    et dans mes muscles

                               s’écoule l’avoine en deuil,

                                                     saccadée.

 

                                           Et le plus faible rompu au métal

 

 

Je suis le sang que tout contient.

                             Ce bulbe de vie et de terre à casser

                                                   pour que l’eau y pénètre.

 

                                                               Et la graine qui scinde,

                                                                        boue à la racine

                                                                                      neuve.

 

 

Marie-Noëlle Agniau, La gomme couleur cendre, La Porte, 2010

17:12

19/10/2010

COMBIEN DE NOMS

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je marche autour de ces pierres

je les parle avec mes mains

pour nous rejoindre en un temps

où elles sortiront de nous

comme nous dans notre sommeil

peu à peu nous sortons d’elles

en nous approchant d’ensemble

elles sont du temps qui se tient

debout qui semble immobile

mais elles bougent elles sont déjà

dans nos mouvements chaque pas

se double d’invisible

notre portrait

en forme de chemin

 

Henri Meschonnic, Combien de noms, L’improviste, 1999, p. 49

17:02 Publié dans La poésie des autres

02/10/2010

NIERIKA

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Le miroir

creuse un trou à

l’intérieur des

pierres

 

Et tourne

dans les quatre

fleurs de la rivière

immortelle

 

Lumière dressée sur son pied

qui désigne le chemin noir des

abeilles

 

Puis autre miroir

qui donne la réponse à la

question aveuglée

 

Transmets

le silence qui mange

le reflet de la cigale

 

Mon frère est en

bas dans le ciel

 

Mon frère est en

haut dans le feu

 

 

Serge Pey, Nierika : chants de vision de la contre-montagne, Maison de la poésie Rhône-Alpes, 2007, p. 138

16:04 Publié dans La poésie des autres

17/09/2010

MATIÈRE DE LUMIÈRE

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Ici parlait l’indicible

Je vivais dans un corps dédoublé

La mer derrière le verger

S’ouvrait comme une fenêtre

Sur le ciel des chemins

 

L’île est une langue

Porteuse précaire du possible

Dans ses limites abruptes et douces

Des trèfles de l’improbable

Je comptais les feuilles de bonheur

 

Les mots venaient du vent

Par les creux des arbres

Entre les pierres

De la traversée

D’une chair de silence

 

 

 

Heather Dohollau, Matière de lumière, Folle avoine, 1985

15:32 Publié dans La poésie des autres

03/09/2010

UN MONDE OUVERT

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Mais quand je marche seul

sur les rochers ou les prés marins

c’est le silence qui s’illumine

et je ne pense ni à la culture

ni même à la subsistance

il n’est question

que d’aller plus loin au-dehors

toujours plus loin au-dehors

vers l’extrême ligne de lumière.

 

Kenneth White, Un monde ouvert, Poésie/Gallimard, 2007, p. 140

17:32 Publié dans La poésie des autres

30/07/2010

HYDRA

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Dauphins, drapeaux, coups de canons.

La mer, si rude jadis à ton âme

Portait les navires multicolores, étincelants.

Se creusant, les balançant, toute bleue avec des ailes blanches.

La mer si rude jadis à ton âme

Et maintenant pleine de couleurs sous le soleil.

 

Voiles blanches, lumière, et les rames humides

Frappant comme sur un tambour une vague apaisée.

 

 

Georges Séféris, Poèmes 1933-1955, Poésie/Gallimard, 2009, p. 32

14:33 Publié dans La poésie des autres

16/07/2010

PREMIÈREMENT

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Je te l’ai dit pour les nuages

Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer

Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles

Pour les cailloux du bruit

Pour les mains familières

Pour l’œil qui devient visage ou paysage

Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur

Pour toute la nuit bue

Pour la grille des routes

Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert

Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles

Toute caresse toute confiance se survivent.

 

Paul Éluard, J’ai un visage pour être aimé : choix de poèmes 1914-1951, 2009, p. 103

13:43 Publié dans La poésie des autres

01/07/2010

JARDIN DUNE

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l’été

 

la lumière sur les volets blancs

la lavande

 

tout est sec

 

la mince couche de terre

retourne sable

gris comme sel

 

 

Antoine Émaz, De l’air, L’idée bleue, 2006, p. 102

12:19 Publié dans La poésie des autres

21/06/2010

WUTHERING HEIGHTS

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The horizons ring me like faggots,

Tilted and disparate, and always unstable.

Touched by a match, they might warm me,

And their fine lines singe

The air to orange

Before the distances they pin evaporate,

Weighting the pale sky with a solider colour.

But they only dissolve and dissolve

Like a series of promises, as I step forward.

 

 

Les horizons m’encerclent comme des fagots

Qui penchent, disparates, et pour toujours instables.

Il suffirait d’une allumette pour qu’ils me réchauffent

Et que leurs lignes fines

Rougissent l’air

Lestant le ciel pâle d’une couleur plus sûre,

Avant que les lointains qu’elles fixent ne s’évaporent.

Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre

Comme une succession de promesses, à mesure que j’avance.

 

 

Sylvia Plath, Arbres d’hiver, précédé de La Traversée, Poésie/Gallimard, Édition bilingue, 2008, p. 30-31

07:39 Publié dans La poésie des autres

07/06/2010

ON NE DISCUTE PAS L'INFINI

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Le présent recueil explore la finitude du corps, vécue dans la douleur ; corps assailli par les monstres, peut-être marins, avec lesquels il se heurte ;  les nus, les échardes / dans les mains / progressent / sur la plaine ; […] les articulations se figent / les cartilages s’amincissent. Les monstres peuvent être ces charniers du monde sur lesquels la narratrice ferme les yeux, ou encore l’obscurantisme qui chavire dans l’effroi / des oiseaux nocturnes. La mort rôde : les guerres / se poursuivent / je suis / les méandres / du vent / il ne faut pas / me faire confiance. Et pourtant, de façon inattendue, surgit la lumière : jours de retour / les lèvres se portent / rouge vif / à la gare / maritime / le bateau pour la citadelle / est le même / qu’il y a cinq ans / je grelotte fin / dans mon pull. C’est là qu’intervient l’infini, lorsque le matin / est émerveillement / dans la virginité des trembles, et lorsque la clarté est façonnée par la patience de l’écriture : mais moi / je résiste / je façonne de la lumière / entre mes doigts. Ainsi le soleil s’infiltre entre les lattes du doute. Joie / au sang ancrée / quand tu / approches la main / du / rivage / il y ferait / bon vivre / sans le bruit / des chars. L’infini semble naître de la douleur même, lorsque celle-ci s’apaise, et que l’écriture / livrée au vent / recueill[e] / les étincelles. Alors le corps prolonge ses finitudes. L’eau / trouble / des jours instaure toujours le doute, de nouveau la mer se lève, les mouettes s’affolent, et pourtant c’est une vie de / vouloir vif / c’est une vie / de / voyages / in- / finis / naître / n’est pas / vain.

 

Emmanuelle Le Cam, On ne discute pas l’infini, Gros Textes, 2010

18:43 Publié dans Chroniques