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16/07/2010

PREMIÈREMENT

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Je te l’ai dit pour les nuages

Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer

Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles

Pour les cailloux du bruit

Pour les mains familières

Pour l’œil qui devient visage ou paysage

Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur

Pour toute la nuit bue

Pour la grille des routes

Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert

Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles

Toute caresse toute confiance se survivent.

 

Paul Éluard, J’ai un visage pour être aimé : choix de poèmes 1914-1951, 2009, p. 103

13:43 Publié dans La poésie des autres

01/07/2010

JARDIN DUNE

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l’été

 

la lumière sur les volets blancs

la lavande

 

tout est sec

 

la mince couche de terre

retourne sable

gris comme sel

 

 

Antoine Émaz, De l’air, L’idée bleue, 2006, p. 102

12:19 Publié dans La poésie des autres

21/06/2010

WUTHERING HEIGHTS

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The horizons ring me like faggots,

Tilted and disparate, and always unstable.

Touched by a match, they might warm me,

And their fine lines singe

The air to orange

Before the distances they pin evaporate,

Weighting the pale sky with a solider colour.

But they only dissolve and dissolve

Like a series of promises, as I step forward.

 

 

Les horizons m’encerclent comme des fagots

Qui penchent, disparates, et pour toujours instables.

Il suffirait d’une allumette pour qu’ils me réchauffent

Et que leurs lignes fines

Rougissent l’air

Lestant le ciel pâle d’une couleur plus sûre,

Avant que les lointains qu’elles fixent ne s’évaporent.

Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre

Comme une succession de promesses, à mesure que j’avance.

 

 

Sylvia Plath, Arbres d’hiver, précédé de La Traversée, Poésie/Gallimard, Édition bilingue, 2008, p. 30-31

07:39 Publié dans La poésie des autres

07/06/2010

ON NE DISCUTE PAS L'INFINI

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Le présent recueil explore la finitude du corps, vécue dans la douleur ; corps assailli par les monstres, peut-être marins, avec lesquels il se heurte ;  les nus, les échardes / dans les mains / progressent / sur la plaine ; […] les articulations se figent / les cartilages s’amincissent. Les monstres peuvent être ces charniers du monde sur lesquels la narratrice ferme les yeux, ou encore l’obscurantisme qui chavire dans l’effroi / des oiseaux nocturnes. La mort rôde : les guerres / se poursuivent / je suis / les méandres / du vent / il ne faut pas / me faire confiance. Et pourtant, de façon inattendue, surgit la lumière : jours de retour / les lèvres se portent / rouge vif / à la gare / maritime / le bateau pour la citadelle / est le même / qu’il y a cinq ans / je grelotte fin / dans mon pull. C’est là qu’intervient l’infini, lorsque le matin / est émerveillement / dans la virginité des trembles, et lorsque la clarté est façonnée par la patience de l’écriture : mais moi / je résiste / je façonne de la lumière / entre mes doigts. Ainsi le soleil s’infiltre entre les lattes du doute. Joie / au sang ancrée / quand tu / approches la main / du / rivage / il y ferait / bon vivre / sans le bruit / des chars. L’infini semble naître de la douleur même, lorsque celle-ci s’apaise, et que l’écriture / livrée au vent / recueill[e] / les étincelles. Alors le corps prolonge ses finitudes. L’eau / trouble / des jours instaure toujours le doute, de nouveau la mer se lève, les mouettes s’affolent, et pourtant c’est une vie de / vouloir vif / c’est une vie / de / voyages / in- / finis / naître / n’est pas / vain.

 

Emmanuelle Le Cam, On ne discute pas l’infini, Gros Textes, 2010

18:43 Publié dans Chroniques

24/05/2010

À L'ORIENT DE TOUT

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À l’orient de tout, là où se souvient

La mer, l’orage a dispersé écailles

Des dragons, carapaces des tortues

Nous nous prosternons vers le pur silence

Régnant par-delà la terre exilée

À l’heure du soir, à l’orient de tout

 

Où se lève le vent de l’unique mémoire

 

 

François Cheng, À l’orient de tout, Poésie/Gallimard, 2005, p. 290

21:09 Publié dans La poésie des autres

10/05/2010

SAUVE

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je te porte

comme une peau

 

 

je te tiens

comme une joie

qui s’est perdue

 

 

tu me fais lourd

et tu me fais belle

 

 

tu me fais deux

 

 

 

Valérie Harkness, Sauve, Polder n°146, avril 2010

 

Sur ce sujet, voir aussi le blog d’Yves Artufel : http://grostextes.over-blog.com/

21:41 Publié dans La poésie des autres

23/04/2010

ÉCHELLES

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L’échelle rapproche du ciel par degrés, bien ancrée dans la terre. Entre la terre et le ciel, le feuillage des oiseaux, lieu des métamorphoses. Le bois de l’échelle vient de l’arbre, les mains et les jambes de l’homme font corps avec l’échelle. Comme le rameur fait corps avec la barque. Il s’y assoit comme dans sa maison, / Le toit retourné. La terre, le ciel, par où coule la source. Les maisons ne font pas la différence avec la terre. / Elles se remplissent de terre sans qu’on s’en doute, / Alors qu’une barque ne se remplit que de ciel. Dans la matière coule la lumière. La chaise d’ombre et de paille a le bois taillé dans les soupirs. L’escalier, lui, s’allie au temps. Encore du bois venu de l’arbre. La mer faute d’arbre / Se perd de marche en marche. Avec les jambes viennent le mouvement, la musique, les métamorphoses. L’arène devient une piste de cirque où danse une écuyère. Au centre du taureau, l’axe des solitudes, / Cause de la révolution des planètes, / Féconde les blés dressés à présent dans l’arène. Le vent est un chien à la peau de tambour, l’eau mi ange, mi bête est déchirée entre la chute et l’élévation. De l’essaim l’on passe à l’abeille. Et la main vrille. Enfermée dans la cage aux parfums, / L’entremetteuse fait du miel / Et, se débattant dans la gaine trop étroite, / Sème la foudre. Il s’agit sans doute du recueil le plus fluide d’Alain Wexler. Après Récifs (1985), Tables (1992) et Nœuds (2003), parus au Dé bleu, Échelles offre une nouvelle dimension, celle du mouvement perpétuel.

 

Alain Wexler, Échelles, Éditions Henry/Les écrits du nord, 2009

 

18:35 Publié dans Chroniques

10/04/2010

LE DEHORS ET LE DEDANS

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Depuis que le silence

n’est plus le père de la musique

depuis que la parole a fini d’avouer

qu’elle ne nous conduit qu’au silence

les gouttières pleurent

il fait noir et il pleut

 

Dans l’oubli des noms et des souvenirs

il reste quelque chose à dire

entre cette pluie et Celle qu’on attend

entre le sarcasme et le testament

entre les trois coups de l’horloge

et les deux battements du sang

 

Mais par où commencer

depuis que le midi du pré

refuse de dire pourquoi

nous ne comprenons la simplicité

que quand le cœur se brise

 

 

Nicolas Bouvier, Le dehors et le dedans, Points, 2007, p. 118-119

09:58 Publié dans La poésie des autres

26/03/2010

EXACTEMENT LÀ

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Je est seul avec plein de nœuds en lui.

 

***

 

Ici Je n’en finit pas de panser ses plaies pense qu’il ne vaut pas même un bout de terre battu par les vents se dit qu’il ne doit pas penser ça mais ne peut pas faire autrement. Quand Je se regarde dans la glace maintenant ça occupe tout son esprit.

 

***

 

Je porte en lui tant de portes fermées claquées verrouillées au revoir merci pas le moment pas le temps pas maintenant. Ça en résonne encore dans ses oreilles.

 

***

 

Je voudrait ne plus se tromper autant si longtemps.

 

 

 

Jasmine Viguier, Exactement là, L’idée bleue, 2008, p. 48-51

20:05 Publié dans La poésie des autres

11/03/2010

LE SILENCE N'EST JAMAIS UN DÉSERT

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     La vie vient par vagues. C’est sans doute là la seule leçon de l’histoire. La joie vient par bloc tout comme le malheur ou les peines. Alors que le silence recouvre tout, depuis toujours. On a beau racler sous la terre, il n’en démord pas. On a beau marcher dans les ruines, c’est lui que l’on entend encore. Partout. Entre les herbes que l’été incendie. Entre les pierres que les vents déchirent. Il jette sur nous sa robe de neige, ses quatre saisons, ses litanies interminables. Il a foi en sa finitude.

 

     Écrire, peut-être, est-ce une façon de vouloir en finir avec lui, de lui tordre le cou, de faire hurler les mots sur la page, de faire entrer le cri en leur chair car tel est leur destin, leur vocation. Car à quoi bon des mots d’où la vie serait absente, car à quoi bon des mots que nous nous contenterions d’enfermer dans nos livres, car à quoi bon des mots délivrés d’espérance ?

 

Joël Vernet, Le silence n’est jamais un désert, Lettres vives, 2000, p. 20

20:10 Publié dans La poésie des autres