Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

23/09/2009

À LA LUEUR DE TES DOIGTS

P8290142.JPG

 

Un autre soir

quelque chose tremblait

ne disait mot

la mémoire vide

de tonnes de mer

moulues dans le noir

rugissement emmuré

le froid des draps

et personne n’entend

le nageur qui rame

muet de couleurs

dans l’eau ouverte

nage sans mémoire –

 

 

 

 

Tu pousses les mots à la lueur de tes doigts.

 

 

 

 

Lorand Gaspard, Égée Judée, Poésie/Gallimard, 2004, p. 157

21:33 Publié dans La poésie des autres

11/09/2009

POSSIBLES FUTURS

P8290147.JPG

 

Je fore,

Je creuse.

 

Je fore

Dans le silence

 

Ou plutôt

Dans du silence,

 

Celui qu’en moi

Je fais.

 

Et je fore, je creuse

Vers plus de silence,

 

Vers le grand,

Le total silence en ma vie

 

Où le monde, je l’espère,

Me révélera quelque chose de lui.

 

 

Guillevic, Possibles futurs, Poésie/Gallimard, 2007, p. 165

19:06 Publié dans La poésie des autres

04/09/2009

AU BORD DES NUAGES

P8140045.JPG

 

 

Je voudrais vous parler loin, longtemps, avec des mots qui ne seraient pas seulement des mots, mais qui conduiraient jusqu’au ciel, jusqu’à l’espace, jusqu’à la mer.

 

J’entends ce langage, cette musique, ils ne sont pas étrangers, ils vibrent autour, ils brillent autour, sur les rochers blancs et sur la mer, ils brillent au centre des villes, même dans les yeux des passants.

 

Comment parler ? Les mots de cette musique viennent d’un pays où le langage n’existe pas, où le langage est scellé, enfermé en lui-même, est devenu comme la lumière, visible seulement de l’extérieur. J’attends le moment, j’attends le moyen. Cela va venir, cela arrive déjà, peut-être. Au bord des nuages, comme sur une dune de sable, un petit garçon inconnu est assis, et regarde à travers l’espace.

 

 

J. M. G. Le Clézio, L’inconnu sur la terre, Gallimard/L’imaginaire, 1999, p. 9

15:41 Publié dans La poésie des autres

26/07/2009

DOUBLURE

P32200252.jpg

 

Voir

sous le vent

tirer le temps à soi

et les

autres choses

 

Les mains se fourrant dans leurs poches

en tas

des choses

des bruits de jours

 

 

Valérie Harkness, Doublure, Polder n°139, 2008, p. 13

21:00 Publié dans La poésie des autres

19/07/2009

DE TON CORPS ÉCLATANT

P4050007.jpg

 

 

De ton corps éclatant les bulles de savon,

          j’ai donné l’alerte.

 

Qu’il soit un modèle en tous sens

alors qu’on résiste.

 

              La grêle est le crible

        et dévore le lilas.

 

Roses, elles y sont avec les roses.

 

 

 

Marie-Noëlle Agniau, inédit, 2009

20:50 Publié dans La poésie des autres

10/07/2009

FISSURES ET VOIX

PC210032.jpg

 

Le socle vacille

En quelle terre

Tomber Se briser

S’éparpiller ?

À quelle roche

Se mesurer

Les doigts entaillés

De parois sombres

Et profondes

Le cœur obscurci ?

Au centre du noyau

La lumière s’écartèle

Repousse les parois

 

Fissures

Et voix

 

 

Valérie Canat de Chizy, Fissures et voix, Encres vives, 2009

15:01 Publié dans La poésie des autres

06/07/2009

OMBRE ET LUMIÈRE

P3210011.JPG

 

 

Une plaine au soleil.

Rien n’y est à l’abri

De la forte lumière –

 

Et pourtant

La danse de l’ombre

Avec la lumière.

 

Cette ombre

Est-elle vraiment là

Ou vient-elle de moi ?

 

 

Guillevic, Présent, nrf/Gallimard, 2004, p. 53

22:20 Publié dans La poésie des autres

26/06/2009

UN RETOUR PLUS LOIN

P6120026.jpg

 

La terre est gelée

Les chiens arpentent la plaine

Des femmes en noir jettent des roses sur la stèle

Ce fut ici

Recommence

l’instant

à chaque soleil naissant

froid

avide

À quoi bon la mémoire

 

Évelyne Morin, Un retour plus loin, Éditions Jacques Brémond, 2007, p. 40

14:16 Publié dans La poésie des autres

15/06/2009

ÉGÉE JUDÉE

P5240013.jpg

 

De oui et de non

de haine et d’amour

musique de circonstance

enfin clou blanc

avec douceur, violence

enfoncé dans le blanc –

 

***

 

seulement le vent noir des yeux

lavé d’éclairs, de bruits d’eau

seulement la rauque mélodie

la brèche d’une aile dans le sang

tendu d’un corps exténué –

 

 

Lorand Gaspar, Égée Judée, Poésie/Gallimard, 2004, p.161, 163

20:52 Publié dans La poésie des autres

06/06/2009

C'EST COMM'

P4110055.jpg

 

 

 

       C’est comm’ la mer sans l’huile

ou comm’ la nuit sans l’encre.

C’est comm’ le cuit sans l’cru

comm’ le ni vu sans l’ni connu

comm’ les compas sans la raison

comm’ la rime sans la déraison

comm’ les raisins sans la colère

comm’ le dauphin sans la reine-mère

c’est comm’ la reine sans les ferrets

comme Étretat sans les galets

comm’ les récrés sans les gadins

ou comme un Carné sans Gabin

comm’ le samedi soir sans l’turbin

comm’ le samedi soir sans l’turbin.

 

Jean-Pierre Bobillot, Live on page, Lieux-Dits, 2004

21:08 Publié dans La poésie des autres