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11/03/2009

FRAGMENTATIONS

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Je ne suis pas venue

 

chercher

la guerre

 

mais les os mêlés

 

d’un noyau

de fruit.

 

**

 

Au sol gît

 

la raison

de ma chute.

 

 

 

 

Plume pure

ou glèbe.

 

 

 

 

 

Souviens-toi du mets de miel et de sauterelles :

 

les enfants touchent l’herbe

de leur front tiède.

 

 

Marie-Noëlle Agniau, Fragmentations, La Porte, 2009

20:50 Publié dans La poésie des autres

07/03/2009

NOUS AVONS VU

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Nous avons vu et vécu comment le gel

embrasse l’herbe la nuit,

comment la mer

mord toujours les mêmes baies.

Nous avons vu et vécu

ce que d’autres hommes abhorrent

et d’autres ignorent. Nous avons accepté

pieds nus la neige, les journées tristes

et interminables et nous seuls avons connu

la neige fondante entassée sur les meneaux

des fenêtres, le soleil traîné de force

au loin par le vent. Nous avons connu la lumière

du silence comme personne, nous avons ressenti comme

personne d’autre venir avec la nuit

l’amour des astres et mourir le cœur.

 

Ferruccio Brugnaro, Ils veulent nous enterrer !, trad. de l’italien par Béatrice Gaudy, Éditinter, 2007, p. 15

10:40 Publié dans La poésie des autres

26/02/2009

BOUGIES AVEC LES BOUGIES

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Bougies avec les bougies, scintillances avec les scintillances, lueurs avec les lueurs.

 

Et ici en dessous, ceci : un œil,

dépareillé et clos,

frangeant de cils le Tard qu’on voyait poindre

sans être le soir.

 

Devant, le Non-connu, dont tu es l’hôte ici :

le chardon sans lumière

dont l’Obscur fait cadeau aux siens,

depuis le Lointain,

pour demeurer inoublié.

 

Et puis encore, ceci, porté disparu dans le Sourd :

la bouche,

pétrifiée et les crocs refermés sur des pierres,

hélée par la mer

qui toutes les années roule vers le haut ses glaces.

 

 

Paul Celan, Choix de poèmes, Poésie/Gallimard, 2007, p. 101

20:45 Publié dans La poésie des autres

19/02/2009

LES AVIONS

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Les avions brillent si haut dans le bleu

que même les hirondelles ne peuvent les atteindre.

Toi tu les enfermerais bien

dans ta boîte à jouets

avec les lapins, les cubes et le renard qui parle.

Tu me les montres avec gravité

ce sont nos rêves qui passent

 

Je fais un vœu avant l’arrivée des nuages

 

Vivre jusqu’au blé jusqu’aux cèpes

Vivre jusqu’à Noël jusqu’à renaître

 

Mais il n’y a plus dans le ciel

qu’une traînée bleue qui s’élargit.

 

 

Laurent Bourdelas, Où l’océan devient piscine et chants d’oiseaux… 353ème Encres vives, 2007

22:45 Publié dans La poésie des autres

14/02/2009

À TANT MARCHER VERS LA LUMIÈRE

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à tant marcher vers la lumière

tu vas vers le dernier verger

où cendre à la cime des roses

plus bleus les arbres noirs

tu vas vers le visage

pensif et qui retourne

sous le silence l’herbe

cueillie de l’autre rive

à trop marcher vers la lumière

on perd soi sens et lumière

au soir

 

Martine Broda, Éblouissements, Flammarion, 2003, p. 125

21:18 Publié dans La poésie des autres

25/01/2009

PETITE VIE

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Tes yeux éclairent

tous les jours

par tous les temps

 

tes yeux reflètent la lumière du monde

 

par tous les temps

tes yeux renferment

les secrets de toutes les vies

 

ceux

que les grands vaisseaux emportent

au fond des mers

que la musique effleure

derrière les paupières closes

qu’un mot, un seul, peut évoquer

quand tout le reste est enfoui

qui sont des éclairs qui jaillissent

 

par tous les temps

tes yeux parlent

de la joie d’être réunis

et de l’infinie solitude

 

Valérie Harkness, Petite vie, Chloé des Lys éd., 2008, p. 63

18:37 Publié dans La poésie des autres

20/01/2009

STRUCTURE

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Les mots ne sont jamais qu’une tentative de trouver le sens, enfoui en soi. Ils ne changent pas le monde. Par le poème, tenter de construire un semblant de structure. Tracer une ligne de compréhension. Ce qui sans lui n’existerait pas.

22:40 Publié dans La poésie des autres

18/01/2009

CE QU'IL FAUT D'OR

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C’est juste ce qu’il faut d’or pour attacher le jour à la nuit, cette ombre (ou ici cette lumière) qu’il faut que les choses portent l’une sur l’autre pour tenir toutes ensemble sans déchirure. C’est le travail de la terre endormie, une lampe qui ne sera pas éteinte avant que nous ne soyons passés.

 

Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes, nfr/Gallimard, 2002, p. 48

21:17 Publié dans La poésie des autres

16/01/2009

AUSSITÔT RÉVEILLÉE

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Aussitôt réveillée, elle courait ouvrir les volets et voir au ciel s’il ferait beau ce soir. Oui, il ferait beau, et il y aurait une nuit chaude avec beaucoup d’étoiles qu’ils regarderaient ensemble, et il y aurait du rossignol qu’ils écouteraient ensemble, elle tout près de lui, comme la première nuit, et ensuite ils iraient, iraient se promener dans la forêt, se promener en se donnant le bras. Alors, elle se promenait dans sa chambre, un bras arrondi, pour savourer déjà. Ou bien, elle tournait le bouton de la radio, et si c’était une marche guerrière déversée de bon matin, elle défilait avec le régiment, la main à la tempe, en raide salut militaire, parce qu’il serait là ce soir, si grand, si svelte, ô son regard.

 

Albert Cohen, Belle du seigneur, nrf/Gallimard, 1995, p. 358

15:37 Publié dans La poésie des autres

13/01/2009

BEAUTÉ IRRÉELLE

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Beauté irréelle

       irradiante

tu es un poignard

       dans mes yeux

je trempe mes larmes

       à ton tranchant

             tu cilles

                    l’apnée de mon front

21:20 Publié dans La poésie des autres