30/05/2008
L'HÉCATOMBE DES ORMES
Le sang des baies noires des sureaux
une fois peignées dans la haie, récoltées
dans le panier aux pailles calfeutrées de papier journal
à la page des faits divers et crimes,
la page aussi des accouchements aux placentas roses,
le sang des baies dirigées vers le sud
saisit le visage du cueilleur comme
le faisait une bille d'enfant autrefois,
comme c'est encore le cas sur les perles des couronnes
que peignit Van Eyck.
Le sang des mûres sur ta bouche, mon Jeune Homme,
à l'époque très lointaine où
comptaient les soleils les miels
et les odeurs de l'herbe endormie,
le sang dans ma poche
comme s'il y pleuvait des flots, des tiges
de sang en verre fragile de sang d'oiseau,
de sang volant glissant sur l'air,
de sang dans le creux de la main
que l'on boit pour mourir,
et dans ce vent, partout dans ce vent
comme nous prendrions un bain chaud d'oubli.
Jean-Louis Rambour, L'hécatombe des ormes, Éditions Jacques Brémond, 2005, p. 32
22:05 Publié dans La poésie des autres
CE PEU DE RIEN
Ce peu de rien
au creux du monde
Hamac aux filets vides
Pour enserrer quel présent
La fleur de corail
agrippée aux parois
de l'estomac
Tout est rugueux sur la pierre
sédiments
de coquilles
la main s'écorche en vain
aux accrocs du silence
13:07 Publié dans La poésie des autres
27/05/2008
NOS MÉMOIRES ENFOUIES
je revois les lumières
se reflétant dans l’eau
les étoiles la pleine lune
les tessons de bouteille
ont donné de jolis galets
couleur émeraude
aujourd’hui le corail
est d’une beauté à couper le souffle
les Bernard l’Hermite font la course
avec nos masques et tubas
nous plongeons dans la lagune
à la poursuite
de cette faune multicolore
nos palmes ondulent
la transparence s’atténue
nous nous enfonçons dans les profondeurs
attirés par le chuchotement
de nos mémoires enfouies
19:31 Publié dans La poésie des autres
GOÉLAND
D'aurore en aurore
Le goéland s'élance
Frôle l'eau de ses ailes
À chaque recommencement
Il trempe ses plumes
Dans l'aube écarlate
Agrippe de son bec
Les cordelettes terrestres
Et les tire derrière lui
Dans la prescience céleste
Il les emporte au loin
Leurs crochets se balançant
Il les offre au soleil
Et s'éloigne, se retournant,
De temps à autre jetant
Un dernier regard sur
Le brasier incendié.
in La Licorne d'Hannibal n°14 (janvier 2007)
13:05 Publié dans La poésie des autres
26/05/2008
PASSAGE DES SQUALES
En apnée
seul
le ruissellement
du jour
Autant d'éclats
de verre
joues lacérées
tes yeux
que bride
le
passage
des squales
22:00 Publié dans La poésie des autres
ÉMOTION
cet état
– une grâce –
serait un vol suspendu
à mesure d’homme
fil sur la densité de l’air
– une teneur indéfinissable –
eau dans un récipient
transparence
équilibre
justesse parfaite
mon émotion
21:50 Publié dans La poésie des autres
L'AUBE COUPE SES FILS
L'aube coupe ses fils
dépose les paupières sur la terre
Mes bras : deux mâts pour étreindre
les voiles de l'absence
Mes fenêtres sont parties
Il ne reste ni fleur ni livre
rien que moi et les recoins
avec mes fils usés
avec mon corbeau
***
Dans le cancer du silence, dans l'encerclement
j'écris mes poèmes sur l'argile
avec la plume du corbeau
Je le sais : pas de clarté sur mes paupières
plus rien que la sagesse de la poussière
Je m'assieds au café avec le jour
avec le bois de la chaise
et les mégots jetés
Je m'assieds dans l'attente
d'une rencontre oubliée
***
Peu m'importe le possible
joie ou douleurs
Dans mes hymnes j'invente un évangile
je cherche un refuge
un monde qui commence
à la pointe du monde
Adonis, Chants de Mihyar le Damascène, NRF Poésie/Gallimard, 2002, p. 138, 140, 142
13:37 Publié dans La poésie des autres
25/05/2008
RAINURES
la vitre à contre-jour
laisse apparaître
traces de pluie rainures
l'eau la poussière
je distingue mal
le mur en face
la peur
coule dans mes membres
je laisse passer les heures
le chat est paisible
pattes rugueuses et de velours
fourrure profonde
il abrite
une vibrante respiration
Entre le verre et la menthe, Jacques André Éditeur, 2008, p. 8

14:00 Publié dans La poésie des autres
24/05/2008
MON HISTOIRE
Mon histoire
Est un collier de perles
La plupart sont fausses,
Rabougries et noircies,
Les autres sont clinquantes
Mais bien trop décalées
Mon histoire
Est un collier de perles
Désordonnées.
Ma si tenace solitude
Je te veux moins
Je te veux en allée
Même si
– flocons de neige
sur les ardoises grises –
Clochent
Les cygnes
Sur le parvis.
20:01 Publié dans La poésie des autres
MANTEAU DE PLUIE
Manteau de pluie
Emeraudes
dans mon ventre
Des mains se glissent
entre les feuillages
Le voile le garder
pleine lune
De ma cachette
je chante
des berceuses d’antan
Recueil en cours d'écriture
Valérie Canat de Chizy
Tous droits réservés à l'auteur
11:00 Publié dans La poésie des autres



