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25/09/2008

BLEU

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Tout est devenu BLEU. C’est bleu. C’est à

crier tellement c’est bleu.

C’est du bleu venu des origines de la Terre,

d’un cobalt inconnu. On ne peut pas arrêter

ce bleu, ces traînées de poussières bleues

des cimetières des enfants. On souffre. On

pleure. Tout le monde pleure.

Mais le bleu reste là. Acharné.

Le bleu des enfants comme celui d’un ciel.

 

Marguerite Duras, La mer écrite, Marval, p. 24

19:31 Publié dans La poésie des autres

22/09/2008

ÉCRIRE

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C’est dans une maison qu’on est seul. Et pas au-dehors d’elle mais au-dedans d’elle. Dans le parc il y a des oiseaux, des chats. Mais aussi une fois, un écureuil, un furet. On n’est pas seul dans un parc. Mais dans la maison, on est si seul qu’on en est égaré quelquefois. C’est maintenant que je sais y être restée dix ans. Seule. Et pour écrire des livres qui m’ont fait savoir, à moi et aux autres, que j’étais l’écrivain que je suis. Comment est-ce que ça s’est passé ? Et comment peut-on le dire ? Ce que je peux dire c’est que la sorte de solitude de Neauphle a été faite par moi. Pour moi. Et que c’est seulement dans cette maison que je suis seule. Pour écrire. Pour écrire pas comme je l’avais fait jusque-là. Mais écrire des livres encore inconnus de moi et jamais encore décidés par moi et jamais décidés par personne.

Marguerite Duras, Écrire, Folio/Gallimard, p. 13

19:25 Publié dans La poésie des autres

16/09/2008

NAISSANCES

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Donc, sans fin, des enfants naissent, ça naît, ça y est…

Mais la naissance ne s’écrit pas davantage que l’écriture n’a de naissance. Rien qu’une échappée, un passage, comme ces mots qui nous traversent et coulent sur leurs galets d’émail, leurs lits de muqueuses, mais dont la source reste inaccessible, lointaine et toujours extérieure. Parfois, nous avons cru trouver les mots. Parfois, les mots se sont perdus. Jamais nous ne les aurons vus jaillir.

Miracle de la naissance : jusqu’au bout, je fus incapable d’imaginer l’enfant qui arrivait, et brutalement, c’est lui, unique et familier, c’est bien lui, cet être neuf que je palpe et à qui je parle en suant sang et eau pour passer ses bras blancs et mous dans les manches des premiers vêtements si petits.

Pierre Péju, Naissances, folio/Gallimard, p. 115

(photographie de couverture)

22:20 Publié dans La poésie des autres

14/09/2008

LANGAGE

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Je te parlerai un langage de pierre

(tu réponds avec un monosyllabe vert)

Je te parlerai un langage de neige

(tu réponds avec un éventail d’abeilles)

Je te parlerai un langage d’eau

(tu réponds avec une pirogue d’éclairs)

Je te parlerai un langage de sang

(tu réponds avec une tour d’oiseaux)

Octavio Paz, Le feu de chaque jour, Poésie/Gallimard, p. 73

18:25 Publié dans La poésie des autres

12/09/2008

LE MUR SE CREUSE

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Le mur se creuse

Galerie souterraine

Un peu de terre chaque jour

À force de doigts gratter

Morceaux de verre d’émail de

porcelaine

Explorer la solitude la sonder

Habiter le silence l’intégrer

16:35 Publié dans La poésie des autres

08/09/2008

DE LA VIE EN SURNOMBRE

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Vois, je vis. Mais de quoi ? Ni l’enfance, ni l’avenir

 

ne diminuent. De la vie en surnombre

 

me jaillit dans le cœur.

 

 

Rainer Maria Rilke - Lou Andreas-Salomé, Correspondance, Gallimard, p. 372

 

20:35 Publié dans La poésie des autres

02/09/2008

L'AMOUR EXTRÊME

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Épaule de plomb

 

paume légère,

 

 

j’ai porté ton cercueil

 

et caressé ton corps de cendre.

 

 

Une nuit de chacals aux yeux rouges

 

couvre la source de mes nuits.

 

 

Tu me condamnes à n’être plus

 

que par défi, indomptable

 

 

dis-tu, irréductible et pur,

 

mais sans rien à maudire.

 

 

 

André Velter, L’amour extrême, Gallimard, 2002, p. 9

18:55 Publié dans La poésie des autres

01/09/2008

ÉLÉPHANTS

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Visage ancré dans la roche

Pillage de sédiments

Strates strates rictus d’années

Poli de l’arrondi mais au dos

Le petit d’éléphant contre sa mère

Sculptures vivantes chaos

Des grottes emplies de fougères

Où constituer une couche végétale

Le dur emplit le silence

Masses d’ombres sous les arbres

Se mettent en mouvement

Craquelures de la peau

Rugosité des plissures

 

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21:20 Publié dans La poésie des autres

30/08/2008

DANS LA LUMIÈRE DES SAISONS

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Le silence est promesse de vie, et c’est pourquoi, à prendre conscience de celui qui règne ici, je me sens gagné par un profond bien-être, une confiance, le pressentiment que des heures pleines me seront accordées. De brusques embardées se produisent, et quelles fantastiques distances on se trouve parcourir à l’intérieur de soi en quelques secondes. Mystère de cet inconnu qui se présente et dont les changeants visages me conduisent de surprise en émerveillement.

Charles Juliet, Dans la lumière des saisons, P.O.L., 2005, p. 30

15:20 Publié dans La poésie des autres

27/08/2008

LES MOTS DU POÈME

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Les mots du poème sont sans armure

 

Les mots du poème creusent dans la terre

 

 

L’autre soir un papillon virevoltait autour de la lampe

 

Ses ailes étaient d’un bel orange presque fauve

 

L’ampoule projetait une lumière crue

 

 

Le matin j’ai retrouvé sa dépouille sur le carrelage

 

Il était plié tout droit dans son linceul

 

Comme si au fond il savait ce qui l’attendait

 

C’était d’un tel naturel…

 

 

Il ne bougeait plus bien sûr

 

J’aurais pu ne pas le voir

 

Fermées ses ailes étaient beiges

 

On aurait dit une petite pochette

 

De papier, une boîte à secrets

 

Dans laquelle l’on rangerait

 

Tous les mots que l’on ne dit pas

 

De peur de gêner ou d’offusquer.

 

08:00 Publié dans La poésie des autres