12/12/2008
CE PEU DE BRUIT
La main tenant la rampe
et le soleil d’hiver dorant les murs
le soleil froid dorant les chambres fermées
la gratitude envers l’herbe des tombes
envers les rares gestes de bonté
et toutes les roses éparses des nuages
les braises laineuses des nuages
éparpillées avant que la nuit ne tombe
Philippe Jaccottet, Ce peu de bruits, nrf/Gallimard, 2008, p. 55
18:15 Publié dans La poésie des autres
10/12/2008
VÉRITÉ DE LA POÉSIE
La vérité poétique est une vérité créatrice.
[…]
Il faut au poète toute sa méfiance et la garantie des sonorités justes pour se diriger dans le réel en apparence démonté.
Entre l’erreur de l’« évasion » idéaliste et l’erreur de l’ « acceptation » réaliste, au cœur même de l’exactitude et de l’épreuve – c’est là que se maintiennent à l’état incandescent les puissances condensatrices et formatrices de la poésie.
C’est là aussi que, familiers d’un lieu de rencontre qui se situe dans l’avenir et n’est vague que pour les faussaires, quelques-uns des meilleurs parmi les poètes français derniers venus entreprennent de parler au lecteur comme s’ils se parlaient à eux-mêmes, c’est-à-dire dans le dénuement, dans l’aride solitude de la sincérité.
Jean Tardieu, « Vérité de la poésie », Tardieu, œuvres, Quarto/Gallimard, 2003, p. 181-182
21:29 Publié dans La poésie des autres
MAMAN Ô MAMAN
14:39 Publié dans La poésie des autres
07/12/2008
L'HÉCATOMBE DES ORMES
Enfin il faudrait que cessent
la fonte des vitres, l’affaissement des plafonds,
la lèpre des écorces, les fougères impuissantes,
l’arrachement des tendons de mes poignets
(mon Dieu ce nu ridicule sur un lit,
sans tatouages mais
ces mauves et bleus venus de l’intérieur),
que cesse le défilé des heures
réservées à l’alternance
du flanc gauche et du flanc droit du
nu ridicule sur un lit
qui aurait aimé encore le soleil,
sur les lèvres le goût de mer
ou de la sueur à fendre les bûches
des deux peupliers trop mûrs […]
Jean-Louis Rambour, L’hécatombe des ormes, Éditions Jacques Brémond, 2005, p. 29
21:38 Publié dans La poésie des autres
03/12/2008
DE TÊTES
Ça clignote les paupières. L’orage pilonne, devant craque la
nuit. Dans le souffle asthmatique du tram, on dirait tassés
des corps d’insectes. Mon père, encore, charabia d’étincelles,
tête rapide en mémoire, finit son jeu de massacre. Cogne en
série, moins vite, moins fort peut-être. Au fond, comme si
parler c’était sa faute, ma chance. Ne sont pas si loin ce midi
d’été, ce coup raté, ma bouche sanglante. Je donne la part.
Chacun sa tête. On ouvre avec ce qu’on peut.
Armand Dupuy, « De têtes », Décharge n°139, p. 106
20:38 Publié dans La poésie des autres
01/12/2008
POUR TOI
Pour toi
Pour ma liberté
Par conviction
Je joue
Avec les éléments
Je me laisse empreindre
De ton aura de souffre
Elle me suit
De toutes façons
Depuis longtemps
Je l’habite
Je danse
Avec elle
Avec elle seule
Valérie Canat de Chizy, Il y a des lunes, Encres vives, Collection Encres blanches n°340, octobre 2008, p. 6
18:44 Publié dans La poésie des autres
TU ME PROPOSES L'IMPOSSIBLE
Tu me proposes l’impossible
Je suture mes genoux
Mes lombaires
J’avance et me bats
Chaque jour
Pour rétablir la vérité
Sais-tu je l’ai toujours su
Par-delà les distorsions
Tu portes en toi l’infini
Il te restait à le découvrir
Valérie Canat de Chizy, Il y a des lunes, Encres vives, Collection Encres blanches n°340, octobre 2008, p. 4
18:37 Publié dans La poésie des autres
IL Y A DES LUNES
Il y a des lunes
Ton visage
La pierre dans le lac
A brisé ton reflet
Et mes morceaux de peau
Sont tombés
Voici
Le jour décline
Tu me visites
Je ne détourne pas la tête
Je t’ai connu
Intensité fracas
Je te revois
En songe
Valérie Canat de Chizy, Il y a des lunes, Encres vives, Collection Encres blanches n°340, octobre 2008, p. 1
18:27 Publié dans La poésie des autres
30/11/2008
LA TACTIQUE DES ANGES
Dans la chambre vacante, un enfant naît, meurt. L’enfant est le frère. Son surgissement, sa disparition, laisse un espace, une béance, devenus terrain d’écriture. L’été pétille / dans la bouche, // les visages fondent / une joie douce, // nous marchons / guidés par l’essentiel. Essentialité de la poésie, qui est à elle seule tactique des anges, quand il s’agit d’égrener le chapelet des heures pleines. Dormir engendre / un poumon / régulier. // Dormir engendre. Résurgence de la vie, constamment créée, recréée. Il y a cette lumière. // Elle est parmi nous / et donne le visage // en donnant / la substance. // le grain est total. Tout réside dans le grain de cette lumière, réelle, irradiante. La forêt / sera // proie / de lumière // parmi les interstices. // Je capte chacun de ses bonds. Bien sûr, les interstices sont là, comme autant de fissures. S’agrandir. Se grandir. Tiens bon malgré // la secousse / affolée // du monde. Le grain, donc, se concentre. Grain de la peau. Penser ne pense plus / mais frémir. Incarnation. Et je prête à ton fantôme / une chair innombrable. // D’apparaître / le visage // pulvérise. La tactique des anges est une lutte accomplie de petits riens. Car : Je suis par transparence / le pli accidenté. L’on revient à cette vacance initiale. J’ai donc une cause secrète, / semblable aux noires violettes. Marie-Noëlle Agniau restaure l’amande. C’est-à-dire qu’elle reconstitue, par le biais de l’écriture, le noyau initial. Es-tu l’enfant de sable / qui dépouille / les chants d’oiseaux // et met au centre / leur clarté ? Il y a cet enfant auquel elle s’adresse, qu’elle console. Dors // et dans ton poing / d’atomes, // on trouvera / le jour. Bien sûr, l’ange est là. Penché au-dessus de son épaule : Te voir alors que tu veilles / est certain.
Marie-Noëlle Agniau, La tactique des anges, L’Harmattan, 2007
19:48 Publié dans Chroniques
27/11/2008
VENDANGES
C’est les vendanges. Dans la rue les gens se hèlent, voix cordiales et enflées du matin, voix à la voile avec du soleil dedans et de la fraîcheur. C’est le café qui les rend joyeuses ou la goutte d’eau-de-vie avec, ou c’est simplement que pendant les vendanges les paysans sont heureux quand le temps reste clair.
Les croquenots sur le gravier, à coups sourds, disent bonjour au sol comme les sabots des chevaux. On entend davantage la tonnaille de la charrette qui passe que les sabots du cheval qui la tire, les roues grincent sur le gravier, elles vont lentement, hésitantes comme des vaches qui s’approchent d’une fontaine.
Georges Navel, Travaux, folio/Gallimard, p. 195-196
09:46 Publié dans La poésie des autres












