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11/01/2009

LA PART MANQUANTE

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De l’enfance vous ne gardez aucun souvenir. De l’enfance vous ne retenez qu’une maladie. C’est une maladie sans nom. Elle vous vient du ciel tournant d’automne. Elle vous vient de nulle part comme tout ce qui vous est proche. Avec elle revient le ciel plombé d’enfance : le manque de sens, l’absence de tout. L’histoire est toujours la même, mais il ne sert à rien de le savoir. Une lumière se détache du ciel vif. Elle descend sur le cœur qu’elle recouvre tout entier. Elle vous apprend votre disgrâce. Elle vous enseigne votre néant. Tout est là. Vous avez du silence, de l’espace et du temps. Vous avez tout ce qui fait l’agrément de la vie quand la vie manque. Tout est là, sauf vous. Vous appelez cela : la perte du goût.

 

Christian Bobin, La part manquante, folio/Gallimard, p. 87

20:42 Publié dans La poésie des autres

08/01/2009

SANS TITRE

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À coups de machette ils

                   me tailladent

                   la peau

                   et boivent

                   mon sang

 

***

 

Ils plantent leurs lances

         dans mon ventre

         et rient

         aux éclats

 

***

 

Tu me tues chaque jour

         moi ta poupée de chiffon

         fracassée contre le mur

         la tête éclatée

16:16 Publié dans La poésie des autres

06/01/2009

UN HOMME QUI DORT

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Tu n’as rien appris, sinon que la solitude n’apprend rien, que l’indifférence n’apprend rien : c’était un leurre, une illusion fascinante et piégée. Tu étais seul et voilà tout et tu voulais te protéger ; qu’entre le monde et toi les ponts soient à jamais coupés. Mais tu es si peu de chose et le monde est un si grand mot : tu n’as jamais fais qu’errer dans une grande ville, que longer sur quelques kilomètres des façades, des devantures, des parcs et des quais.

 

Georges Perec, Un homme qui dort, folio/Gallimard, p. 140

20:00 Publié dans La poésie des autres

03/01/2009

MA LAMPE EST TON REGARD

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Dans la maison le chat les vibrations de l’atmosphère. La clarté de la flamme vacillante. Le silence de mes pensées. Les nuages passent dans la nuit. Le cahier à épaisse couverture rigide. Or et bleu. Les livres sur la table ronde en bois. Les mots lus, infusés. Les conversations imaginaires. Le regard me suit, patient. Posé simplement, sur mes idées, sur mes va-et-vient, sur mes écrits. Je chemine de l’intérieur. Ma lampe est ton regard.

20:33 Publié dans La poésie des autres

01/01/2009

BONNE ANNÉE 2009

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Il arrive souvent que les rêves alunissent en pleine nuit !

Alors

Je me réveille

Pour les accueillir

Un chapelet de dés-bambous à la main

Comboï métis

Prière de carmélite nuptiale

 

C’est à ce moment

Qu’ils me demandent de choisir

De choisir entre le berlingot enjoué d’une étoile

Et la barbe à papa rose d’une nébuleuse

Un

Deux

Trois

Soleil

Soleil

Renoncé

Il n’y a que les sorcières qui ont le droit de choisir

C’est écrit dans leur grimoire indigo

Alors

Moi ?

Je ne suis que le bout d’un cil de comète

Seul

Seule

A décider du nombre de lunes à commander…

 

 

Isabelle Vaha, « Tapis de feutrine », Verso n°135, déc. 2008, p. 36

23:54 Publié dans La poésie des autres

27/12/2008

CHANTS DE LA TRANSPARENCE

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Je vais un chemin, immobile,

Un chemin qui n’est pas d’ici ;

Il traverse le temps et s’en va vers la Vie

Où s’entrouvre la coquille de l’indicible.

 

Gabriel Caressa, Chants de la Transparence, Éd. du Moulin du Got, 2006, p. 28

 

 

…chemin vers 2009

l’année poétique 2008 de Verre menthe

se termine sur ces Chants de la Transparence

...à l’année prochaine 

18:47 Publié dans La poésie des autres

25/12/2008

LA POÉSIE, COMMENT DIRE ?

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Sentiments pour le monde, pour quelqu’un d’autre ou pour moi-même, sentiments pour la langue, je ne vais pas prétendre que les voilà visibles et sauvés de la mort dans mes poèmes. Non, ce que je crois c’est que mes sentiments, mon rapport au monde et aux autres, nourrissent mon écriture (et sans prétendre non plus que cela fait la poésie du poème)… la nourrissent en ce sens qu’ils seraient l’énergie (aussitôt consumée et disparue peut-être) qui me porte à l’acte d’écrire. Et si c’est là se leurrer – comme de toute façon on ne sait ce que sont la vie et la poésie, non plus que leur possible emmêlement –, c’est dans ce leurre (qui au demeurant n’en est peut-être pas un) que j’ai aujourd’hui envie d’écrire.

 

James Sacré, La poésie, comment dire ?, André dimanche, 1993

13:34 Publié dans La poésie des autres

22/12/2008

PRÉSENCE

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J’ai ouvert les armoires

aux soleils forgés

gonflé mes mains

de pierres rouges

 

J’ai bu des gorgées

de thé brûlant

les mots dans mes veines

jettent des feux

 

Je lis les lignes

de vie Coulent

les deltas de mes rêves

 

Je me relie au plus

obscur Au centre

de la terre

 

Ce qui gronde et broie

un magma de lave

 

Ce qui me relie à vous

Essentialité d’une

Présence

Je vous souhaite un Joyeux Noël…

20:11 Publié dans La poésie des autres

18/12/2008

MON AMOUR DES BEAUX JOURS

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Mon amour des beaux jours. Tes mots dans ma vie comme bouée salvatrice, il n’en fallait pas moins pour que la ouate épaisse soit jetée aux orties. Miracle malgré toi. Peut-être même malgré moi. Nos deux voix emmêlées plus fortes que la mort, guidées – par qui, par quoi ? – vers la clarté radieuse d’un regard aux yeux verts comme, parfois, l’océan. Oui, jeté aux orties, le nuage cotonneux qui pourrissait mes nuits, suçait mon énergie, vampirisait ma vie tout entière, sans répit. Stratégie du hasard (dit-on bien naïvement). Stratégie du destin et, ma foi, c’est très bien.

 

Sophie Masson, Les anges tranquilles, Le Chat qui tousse, 2008, p. 20

01:15 Publié dans La poésie des autres

15/12/2008

IL Y A CETTE LUMIÈRE

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Il y a cette lumière.

 

Elle est parmi nous

et donne le visage

 

en donnant

la substance.

 

le grain est total

 

***

 

Je n’étais pas là

quand ta lutte a commencé.

 

D’abord contre toi,

âpre.

 

Les chiens mordent l’air,

et plus.

 

 

Marie-Noëlle Agniau, La tactique des anges, L’Harmattan, 2008, p. 25, 28, 31

16:38 Publié dans La poésie des autres